Préjugé 2: le sport féminin c’est moche et c’est nul

(rediffusion de quelques articles publiés à l’origine sur l’ancien blog)

N’en jetez plus…

La nuance est subtile: ce n’est pas là le physique des sportives qu’on brocarde mais bel et bien le mouvement, le jeu, les postures et les attitudes. Ils sont qualifiés de laids parce qu’ils sont peu habituels, et on estime tout simplement qu’ils sont contre-nature. J’ai souvent entendu ça à propos de sports peu féminisés, des sports de combat en particulier (ben oui, les filles c’est gentil et mignon), mais aussi à propos de sportives de haut niveau jugées trop hargneuses, trop compétitives et trop grimaçantes.

Crédits photos: Serena Williams – AFP. Photo trouvée ici / Gwladys Epangue – Imago – Photo trouvée ici

Inutile de chercher bien loin ; ceux qui grommellent que « deux filles qui se battent, c’est quand même pas joli » sont aussi ceux qui estiment qu’une femme est plus belle dans une cuisine qu’au volant d’une pelleteuse, plus à sa place à changer des couches qu’à la tête d’une entreprise. Ce sont ceux qui ont une image de la femme bien ancrée et bien figée dans leur tête et qui ne veulent pas en démordre.

Alors bien sûr, on n’a pas l’habitude de voir des femmes tous muscles tendus, le regard noir, avec la souffrance qui se lit sur le visage, mais à quoi s’attend-on ? A des nymphes au teint frais, qui gambadent la bouche entrouverte, le cheveu brillant et le front mat ? Que ceux ou celles qui veulent voir ce genre de choses aillent se gaver de pubs et d’articles de magazines féminins.

La suite logique de ce genre de discours est qu’il y a des sports créés pour les hommes, dans lesquels les femmes ne les dépasseront jamais. Par conséquent, il n’y aurait pas lieu de s’intéresser aux sportives. A moins qu’elles aient des mini brassières et se roulent dans le sable d’un terrain de beach-volley. On à moins qu’elles posent pour des photos dénudées. Mais ce n’est pas du sport.

Oui, c’est un fait : pour de longues décennies encore, l’être humain le plus rapide du monde sera un homme. A haut niveau, dans les sports où l’on se mesure au chrono ou à la toise, il n’y a pas photo, et musculairement non plus : les femmes n’ont ni l’explosivité ni la force des hommes. Ceci étant, devons-nous toutes alors raccrocher nos pointes*, nos crampons, nos kimonos et nos raquettes ? Devons-nous nous contenter de la danse et de la gymnastique pour lesquelles nous serions naturellement douées ?

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir les femmes rester dans l’ombre des salles de danse, peut-être y a-t-il un problème de conception du sport. Il y a le spectacle, avec du sensationnel, des records à tout prix,  de l’élévation des sportifs au rang de stars, des sponsors. Là les femmes ont du mal à se faire une place, à moins qu’elles apportent du scandale et du glamour. Et il y a le spectacle aussi, mais avec du travail acharné, de la progression et des échecs, du dépassement de soi et surtout, du plaisir sans mesure qu’on éprouve à pratiquer sa passion. Un record battu, c’est avant tout un homme ou une femme qui s’est surpassé-e. Dans celui-ci, et à tous les niveaux, les femmes ont toute leur place, la même que les hommes.

Morgane Ribout après sa victoire au championnats du Monde de judo de Rotterdam en août 2009

Crédits photos AFP

Mais le faible niveau de certains sports féminins reste une réalité et j’y reviendrai, ce sera la suite…

* d’athlétisme, d’athlétisme, bien sûr, la danse on a le droit.

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