Footballeuses: trois remarques qui révèlent le chemin restant à parcourir

Edit 21/06/2015: Le titre original était « Les remarques qui me gênent au sujet des footballeuses » mais il était pour le moins mal choisi. (Je ne suis pas fan du nouveau non plus, mais j’avoue que j’ai toujours énormément de mal à trouver des titres efficaces)

Loin de moi l’idée de bouder le succès d’estime et d’audience dont bénéficient les Bleues pour la Coupe du Monde de football. Après la belle victoire 5-0 contre le Mexique, on a commencé à faire l’éloge de l’Equipe de France dans les médias (en Une de l’Equipe!) ainsi qu’à la machine à café, au bistrot et au déjeuner dominical chez belle-maman. Mais les équipes féminines n’accèdent toujours pas au même statut que leurs homologues masculins, ni en audience ni en termes de prestige. En témoignent ces « petites phrases » bien révélatrices:

« Ah, si les garçons pouvaient jouer comme ça »

ça se veut un compliment, c’en est un, mais il me gêne. Si les garçons jouaient « comme ça », ça veut dire qu’on ne regarderait plus les filles? Les Bleues ne sont pas là pour fournir un succédané aux déçus de l’Equipe de France masculine: le football féminin n’est pas un lot de consolation! Il y a, il devrait y avoir de la place pour les deux équipes dans le paysage médiatique et l’agenda des supporters, sans qu’on veuille sans arrêt comparer leurs mérites. Par ailleurs, si le football masculin tel qu’il est aujourd’hui vous déçoit par le niveau ou l’esprit, n’hésitez pas à éteindre votre TV! C’est le meilleur moyen de peser sur les annonceurs, donc sur les instances dirigeantes.

« En plus, elles sont très féminines »

ça se décline aussi en remarques sur leur vie privée… pour celles qui sont en couple avec des hommes. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler plutôt abondamment: souligner que les footballeuses ne sont pas toutes des « garçons manqués » lesbiennes a permis de lutter contre un vieux stéréotype. Mais on a vite fait de sous-entendre, en creux, qu’être un « garçon manqué » ou lesbienne est un problème en soi. Les footballeuses homosexuelles et/ou peu féminines n’ont-elles pas droit à la même considération?

« C’est la Zidane au féminin! »

On m’objectera qu’on manque de stars féminines historiques dans le foot. Certes. Mais on n’est pas enclin à en créer non plus: je joue dans un petit club féminin du Rhône et notre coach, très prompt à citer Messi ou Benzema, a beaucoup de mal à nous donner des références féminines. Nous sommes pourtant sur les terres de l’OL, donc d’Amandine Henry ou Eugénie Le Sommer! Il ne s’agit pas seulement de manque de culture foot mais bien d’une propension à définir des modèles masculins soi-disant « universels ». Pourquoi ne pourrait-on pas dire « un vrai Laura Georges au masculin! » en parlant d’un très bon jeune défenseur?

google_edfQuand on tape « Equipe de France » dans Google images, la première photo de féminines est en page 2. Vous avez dit masculin neutre?

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12 réflexions sur “ Footballeuses: trois remarques qui révèlent le chemin restant à parcourir ”

  1. Bonjour, autant je trouve certaines remarques très pertinentes (la constante comparaison avec leur pendant masculin en tete), autant votre point sur les résultats de recherche Google gâche un peu le tableau.
    Quand on tape Équipe de France dans Google on trouve l’équipe de France de football féminine avant l’équipe de France de basket masculine. Faut-il y voir une malice particulière également ?

    1. On y voit le reflet des programmes TV: beaucoup plus de foot de que basket, beaucoup plus d’hommes que de femmes.
      je voulais surtout pointer le raccourci saisissant que l’on fait: Equipe de France se rapportant implicitement à des hommes. Le masculin comme neutre est une des caractéristiques d’une culture patriarcale: le féminin devient un cas particulier, alors que nous avons 50% de femmes et 50 % d’hommes dans la population. et de la même manière nous avons autant d’Equipes de France féminines que masculines!

      1. « Le masculin comme neutre est une des caractéristiques d’une culture patriarcale: le féminin devient un cas particulier, alors que nous avons 50% de femmes et 50% d’hommes dans la population. »

        Je ne pense pas qu’une grammaire porte en elle des considérations patriarcales ou matriarcales. En revanche, la façon de l’enseigner probablement. Si le masculin est utilisé comme neutre car « le masculin l’emporte sur le féminin », alors oui. Sinon, je ne vois pas bien.
        Par exemple, les personnes avec un titre très hauts (roi, pape, …) reçoive des majuscules (Sa Majesté, Sa Sainteté, …) donc sont des cas particuliers. Ca prouve que la société est … populiste ? En allemand, le pluriel est féminin (hormis sur la datif, j’avoue). La société allemande est matriarcale ? Non du fait du datif ? C’est pas un peu capillotracté ?

        Dans le même ordre d’idée, je ne suis pas sûr qu’il y ait autant d’Equipes de France féminines que masculines, puisqu’il n’y a pas d’équipe de France masculine de natation synchronisée. « Étrangement », les sports associés à la recherche de grâce ou de « beauté des gestes » sont plus associés aux femmes (natation synchro, gym)…

        Ce qui nous amène donc au deuxième point que vous mettez en avant et qui est clairement ahurissant. Une sportive est systématiquement jugée sur son physique et non seulement ses performances sportives. Ce n’est hélas pas marqué qu’au football (le tennis, pour prendre un autre sport médiatique en France est terrible). Après, j’espère (mais peut être me voile-je la face) que c’est aussi lié à une certaine génération de commentateurs, qui ne sont plus forcément de première jeunesse. La médiatisation du sport féminin reste relativement « récente » et le monde médiatique est probablement l’un des plus sexistes qui soit, les femmes y étant jugées principalement sur leur physique.

        On ne dirait pas « c’est un Laura Georges » au masculin pour un très bon jeune défenseur car on dira « c’est le nouveau Maldini / Beckenbauer / Desailly / Blanc / Baresi …) ». Pas sûr que ce soit nettement mieux d’être comparé à une légende du foot, mais ce n’est pas le débat. La Coupe du Monde de foot féminin a 25 ans, celle du foot masculin 85 ans. Peut-être, lorsqu’il y aura une réelle « histoire » du foot féminin (‘fin plus longue, avec plus de légende, parce que là, hormis Mia Hamm, il y a encore assez peu de grandes joueuses ayant marqué le foot féminin – mais ne peuvent être les nouvelles Mia Hamm que des attaquantes), les joueuses seront comparées à leurs glorieuses prédécesseurs et non aux glorieux prédécesseurs masculins. L’histoire ne s’écrit pas en une journée, on ne peut pas faire disparaître notre passé patriarcal qu’elle contient d’un coup de baguette magique.

        Mais pour que l’on dise c’est la nouvelle Mia Hamm ou la nouvelle Hope Solo, la nouvelle Lara Dickenmann ou Louisa Necib, il faut aussi qu’une « culture footballistique féminine » se forme et pour cela, que les matchs de foot féminin soient regardés, commentés, … Si la motivation d’une personne pour se mettre au foot féminin est « parce que c’est pas comme les garçons », tant qu’au final, la personne est fan de foot féminin… D’ailleurs, pour les handballeurs, on met aussi en avant une comparaison avec les footeux. On serait handballeuristes ? Peut-être le sous-jacent de la remarque que vous mettez en avant est un dénigrement de l’équipe de France masculine de foot plus qu’autre chose, non ? Parce que je me souviens pas avoir entendu ce genre de commentaires à l’époque de Marinette Pichon. Bon, l’équipe de France de foot féminine était moins bien placée dans la hiérarchie mondiale à l’époque, probablement pour cela qu’on ne parlait pas de la mentalité des garçons…

        Le traitement médiatique du sport féminin est extraordinairement sexiste. Mais parfois, en lisant ce genre de billets, j’ai l’impression que dans la rue, si je sors sans me raser, je vais me faire traiter de sexiste car « je ne me rase pas pour mettre en avant le fait que je puisse avoir une barbe ce que la femme ne peut pas donc je suis sexiste ». Non. J’ai juste oublié de me raser. On se détend 🙂 Les petites phrases (les grandes aussi) révèlent ce qu’on veut y voir.

        P.S. : je suis chippoteur, mais il n’y a pas 50% de femmes et 50% d’hommes dans la population, vous êtes majoritaires 😉

      2. Bonjour,
        il ne s’agit pas de grammaire car le français ne connaît pas de neutre, mais plutôt de représentation commune du neutre. Par exemple dans ce billet sur les personnages de livre pour enfants (rien à voir avec le sport mais très parlant je trouve): https://filledalbum.wordpress.com/2015/04/28/masculin-neutre-et-consequence-sur-les-representations/

        Sinon je suis ravie que vous fassiez la remarque sur la natation synchronisée. C’est le seul sport olympique non mixte: désormais ce sont donc les hommes qui sont discriminés. C’est révélateur de la différence de hiérarchie entre activités féminines et activités masculines, personne ne se bat pour pratiquer des activités traditionnellement féminines (c’est un autre débat mais très intéressant)

        pour revenir à notre sujet, encore une fois mon titre est mal choisi, je voulais souligner à quel point ces compliments faits aux footballeuses témoignent du chemin qu’il reste à parcourir. Il n’est pas question de jeter des pierres à un journaliste qui continuerait de comparer une joueuse à Zidane, mais simplement de montrer qu’il reste du chemin avant que nous ayions des joueuses de légende.
        Sinon je ne tiens pas coupable les footballeurs de quoi que ce soit, et aimer regarder du foot masculin ne fait pas de vous un macho (j’en regarde moi-même ;-))
        Je trouve que l’ensemble des acteurs du football aurait a gagner d’un football plus égalitaire, sans y perdre en qualité de spectacle.

  2. Désolé de venir jouer l’opposition ici, mais si j’ai le choix entre regarder un match de l’équipe masculine de foot ou l’équipe feminine, je pencherai pour la première.
    J’ai pas l’impression d’être un gros beauf matcho pour autant, mais c’est comme ça. Peut être que c’est une question d’habitude, peut être qu’en tant qu’homme je m’y identifie plus…
    Et pour ce qui est de dire « La Zidane en femme », ça ne me choque pas ! C’est juste que Zidane c’est un nom qui résonne. Excuse nous mais à part toi (et peut être 0,5% de la population Française) personne ne connait Amandine Henry ou Eugénie Le Sommer… Il y a rien d’insultant à être appelé « la Zidane en femme ». D’ailleurs, à chaque fois qu’un gamin de 10 ans fait des dribles impressionnants sur youtube, le titre de la vidéo sera « le nouveau Messi » ou « bébé Zidane ». C’est juste normal.

    Je suis content de savoir que le foot féminin existe tant que des femmes ont envi de jouer au foot, mais je le regarderai pas. Si elles ont envi de jouer au foot elles le feront que ça soit médiatiser ou non. Au final chacun fait ce qu’il veut et tout le monde est content.

    Il n’y aura jamais la même place pour les deux équipes dans le paysage médiatique. Tu vois, je suis 100% pro-féministe quand il mène quelque part, mais imposer aux gens de regarder ou s’intéresser à quelque chose « parce que c’est bien » me semble être un combat perdu d’avance.

    1. Bonjour!

      tout d’abord je pense que je vais changer le titre du billet qui est peu pertinent. Les remarques sont de vrais compliments mais témoignent du chemin à parcourir.

      je ne vois pas où j’ai écris qu’il fallait forcer les gens à regarder du sport féminin…
      par contre, comme on ne peut pas aimer quelque chose que l’on ne connaît pas, une meilleure médiatisation permet à chacun de réaliser que oui, on peut être une femme et (bien) jouer au foot!

      je ne suis pas sûre que « si elles ont envie de jouer elles pourront jouer ». Il y a beaucoup d’adolescentes qui jouent depuis l’enfance et sont forcées d’arrêter quand elles n’ont plus le droit de jouer en mixité car il n’y a pas d’équipe féminine de leur âge dans leur ville. Plus on verra de footballeuses dans les médias plus cela donnera envie aux jeunes filles et plus ce sera facile de pratiquer 🙂

      pour ce qui est de l’identification, c’est justement ce que vous soulignez que je voulais mettre en valeur. Le football féminin est une discipline récemment médiatisée et on manque de figures légendaires de footballeuses. Quand tout le monde sera capable de citer des footballeuses de légende, on aura franchi un cap!

      enfin, je suis vraiment convaincue qu’il y a la place pour les deux équipes dans le coeur des supporters.

  3. Bonjour,
    pour ma part je trouve l’article décevant.
    Par exemple pour la 1ère phrase « Si les garçons jouaient « comme ça », ça veut dire qu’on ne regarderait plus les filles? ». Et pourquoi ce ne serait pas « Si les garçons jouaient « comme ça », on aurait plus de plaisir à regarder les garçons »?
    J’ai l’impression que vous qualifiez les expressions de « sexistes » parce vous avez trouvé une explication plausible, mais êtes-vous allé jusqu’à « Est-ce que c’est la bonne? »

    1. Bonjour,
      je suis désolée de vous avoir déçu 🙂

      comme je disais plus haut, je vais changer le titre du billet qui est peu pertinent. Ces remarques ne sont pas sexistes mais témoignent du chemin à parcourir dans l’égalité.
      Bien sûr que « si les garçons jouaient comme ça » on aurait plus de plaisir à regarder les matchs masculins.
      Mais comme ce n’est pas le cas, on pourrait aussi réclamer plus de retransmissions de matchs féminins (j’aurais adoré voir Allemagne – Suède…) 😉

  4. Très pertinent, On comprend bien que malgré une volonté affichée d’égalité qui fait surtout « bonne figure », le sexisme et la différence de traitement et de regard restent profondément ancrés.

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