Jolies affiches de sport féminin en 2014

La promotion du sport féminin passe souvent par des visuels aussi stéréotypées qu’éculés (voir un échantillon par ici), aussi quand je trouve de belles choses je suis ravie de les partager. Avis aux publicitaires et aux responsables sportifs: oui, il est possible de faire une promotion efficace d’évènements sportifs féminins sans débauche de paillettes, sans rouge à lèvres ni talon aiguilles, et sans montrer un bout de fesse. Voici pour preuve mes quelques trouvailles, (non-exhaustives bien sûr), de ce qui en 2014 donnait envie de pratiquer et de venir voir:

Une belle image de l’esprit d’équipe:

Des handballeuses déterminées:

Des basketteuses talentueuses:

et un évènement mixte où hommes et femmes cohabitent à parts égales dans une affiche ni bleue ni rose (merci Sophie de Fenêtre Ovale qui a posté l’affiche sur son blog):

Si vous aussi vous êtes tombé-e-s sur de belles affiches de sport au féminin, n’hésitez pas à me les signaler je serai ravie de les voir!

 

Edit 14/12/2014:

C’est encore Sophie, sur son joli blog Fenêtre Ovale,  qui donne un bel exemple d’affiche de rugby féminin garantie sans clichés, c’est par ici: https://fenetreovale.wordpress.com/2014/09/29/chataignesteignes/

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Comment empêcher les femmes de vous envahir: l’exemple de la F1

On pourrait penser aujourd’hui qu’il n’existe aucun obstacle objectif à l’accession des femmes en Formule 1… mais il semblerait que ce ne soit pas évident pour tout le monde, au moment où la pilote Susie Wolff accède au poste de pilote d’essai pour l’écurie Williams.

Si j’ai bien compris (car je suis novice en F1), le ou la pilote d’essai est chargé de tester la voiture avant les courses, en collaboration avec les pilotes « titulaires » qui eux courront effectivement sur ces voitures. Et pour Susie Wolff, cela constitue une promotion car elle occupait auparavant le poste de pilote de développement, qui est encore en amont. En bref, elle se rapproche des Grand Prix.

Inutile de préciser qu’elle constitue une véritable exception dans le monde de la formule 1, et que son intrusion dans ce bastion masculin a suscité plus que sa part de commentaires outrés.

Je suis tombée à ce propos sur un article du Figaro datant de l’année dernière, (et même du 8 mars, tiens tiens) qui s’interrogeait ingénument sur l’absence de femmes dans la formule 1. On y apprend certes que la différence physique entre hommes et femmes ne constitue plus un obstacle valable à la présence de femmes dans le sport auto. Mais quid des différences cérébrales qu’on aime bien évoquer quand on veut prouver l’infériorité congénitale des femmes dans un domaine? Eh bien il apparaît que les femmes obtiennent des résultats équivalents aux hommes sur simulateur. Mais cela ne suffit pas à ces Messieurs du milieu, car les femmes ont trop… « d’instinct de survie » pour performer réellement sur un circuit. « Il faut accepter de mettre sa vie en jeu« , et ça, les femmes n’y arrivent pas,  parce que « les femmes pensent à fonder une famille, un homme a moins cette contrainte ».

(On peut ici souligner la rareté des accidents mortels en F1 – 43 décès dans toute l’histoire – et donc l’indécence de ces propos lorsque d’autres, femmes et hommes n’hésitent pas à vraiment risquer leur vies pour d’autres raisons.)

Au-delà de la F1, cet exemple est ultra-représentatif de cette obstination aveugle que l’on a, à vouloir prouver que les femmes PAR NATURE sont incapable des mêmes prouesses que les hommes. Qu’il s’agisse d’exercice du pouvoir, de travail, d’art ou de sport, les arguments suivent toujours le même cheminement:

– d’abord, c’est impossible physiquement: les femmes sont trop faibles, trop émotives, trop fragiles, trop ceci, pas assez cela, tout est bon pour dire qu’elles n’ont PAS DE PENIS et que cela les disqualifie biologiquement.

– lorsque cet argument a été battu en brèche, par la science ou par la pratique, on déploie l’argument cérébral et on énumère tout ce que le cerveau de la femme est incapable de faire: calculer, s’orienter dans l’espace, avoir de la coordination… Oh, on le rend bien capable de faire deux-trois choses utiles comme le ménage et changer les couches mais c’est tout.

– on prouve que c’est faux, on démontre la plasticité du cerveau et l’importance de l’éducation? Pas de panique, il reste la carte maîtresse à abattre: on affirme que les femmes NE VEULENT PAS (le pouvoir, faire de la mécanique, conduire très vite). Parce que ce qu’elles veulent c’est se marier et pondre des enfants, car c’est la NATURE.  (Ah, il y en a qui ne veulent pas? Eh bien, ce ne sont pas des vraies femmes, dira-t-on,  voilà tout!)

Et ce dernier argument est le plus douloureux. Car oui, on ne peut nier que les femmes n’ont pas particulièrement envie d’investir ce domaine. C’est le cas du sport en général, d’ailleurs.  Il existe certes des freins objectifs et matériels à la pratique féminine, mais force est de constater que les femmes choisissent les disciplines les plus connotées « féminines », choisissent de s’arrêter plus tôt que les hommes, et s’investissent moins qu’eux dans le haut niveau.

On a beau jeu de dénoncer le conditionnement sexiste auquel nous sommes tous exposés: je rencontre somme toute beaucoup de personnes prêtes à le reconnaître, mais qui s’en accommodent et estiment « qu’on est heureux comme ça » et « que ça n’est pas très grave ».

Voilà toute l’habileté de l’argumentaire sexiste. Tout faire pour que nous choisissions nous-même de rester dans l’ombre, loin du pouvoir et des honneurs, mais heureuses car reconnues comme de « vraies femmes ».

La très stéréotypée Pénélope Pitstop n’a pas vraiment fait d’émules parmi les jeunes fans des Fous du Volant… (photo trouvée ici)

Préjugé 4 : les femmes n’aiment pas la compétition

(suite de la rediffusion d’anciens billets initialement publiés sur l’ancien blog)

…ni les efforts intenses, ni les sensation fortes, ni la bagarre. Etc.

Leur manque de compétitivité « naturel » : voilà selon certains, ce qui détournerait les femmes de toute pratique à haut niveau. Et tiens donc, c’est aussi ce qui les tiendrait éloignées des filières professionnelles sélectives, des carrières brillantes et des lieux de pouvoir, quelle coïncidence. En plus, il se trouvera toujours quelqu’un pour dire « Est-ce que c’est un mal ? Ah, les femmes, elles au moins, n’ont pas envie d’écraser les autres, c’est tellement mieux… » Ah, ces tentatives de conforter les femmes dans un caractère soi-disant vertueux…mais qui comme par hasard, donne moins de reconnaissance, moins d’argent, moins de pouvoir.

Pour commencer par une parenthèse, la compétition n’est pas le seul ressort du sport, ni toujours le meilleur, mais on n’arrive pas à un certain niveau sans un minimum de niaque. D’ailleurs, même à un niveau amateur, on ne progresse pas sans s’accrocher. Et je distingue les perfectionnistes qui, en se comparant aux autres, évaluent leurs propres progrès, et ceux qui préfèrent gagner en jouant mal que perdre en jouant bien. Voilà qui est dit.

Et donc, de vraies compétitrices acharnées, qui veulent dépasser tout ce qu’il y a devant elles, j’en connais. Et pas qu’à haut niveau, des amatrices aussi. Zut alors, sont-elles des femmes ? Faut-il le répéter pour ceux qui croient aux fadaises de Mars et Vénus, l’esprit de compétition n’est pas inscrit dans les gènes masculins. C’est quelque chose qu’on nous inculque ou qu’on acquiert, selon notre caractère. Mais ce sont les garçons qu’on encourage dans ce sens : cet article, paru il y a quelque temps, m’avait frappée.

Ce billet explique également qu’on couve plus les fillettes que les garçonnets ; il en résulte que ces derniers découvrent mieux leur corps, appréhendent mieux l’espace et leurs limites. Ils se développent donc mieux : un coach de sport Co me disait qu’à âge égal les adolescentes qui débutent ont une coordination et une confiance en elle moins bonnes que les garçons, parce qu’elles n’ont pas fait de sport plus jeunes. De même, leurs muscles et leurs articulations sont moins renforcés et elles se blessent plus facilement. La prétendue fragilité des filles ne viendrait-elle donc pas de ce qu’on les surprotège ?

C’est enfin la même chose pour toutes les qualités qu’on développe en pratiquant un sport: compétition, mais aussi affirmation de soi, courage, esprit d’équipe, ténacité, obstination, agressivité – à bien distinguer de la violence- , perfectionnisme, ambition, j’en passe et des meilleures. Autant de qualités qu’on préfère voir chez les hommes. Les femmes, elles, apprendront plus tard dans les magazines que le sport sert uniquement à avoir le teint frais et les fesses fermes.

Chacun fait bien sûr du sport avec des sources de motivation qui lui sont propres ; mais si on faisait en sorte que chacun puisse trouver les siennes en fonction de son caractère et de ses possibilités, et non pas en fonction de son sexe ?

Photos: Ariane Friedrich (crédits photos Michael Steele/Getty Images Europe, trouvée ici) et Blana Vlasic (photo trouvée ici), deux sacrées sportives qui en veulent.

Préjugé 3 : le niveau du sport féminin est trop faible

(suite de la rediffusion de billets initialement publiés sur l’ancien blog)

Quand le supporter lambda est à court d’arguments pour exprimer son désintérêt pour les sports féminins, l’argument « de raison » est la faiblesse du niveau et la pauvreté du spectacle. Ça va de « ya pas d’ambiance » à « c’est pathétique » en passant par « on s’ennuie ». Invoquer la faiblesse du niveau est très confortable pour les journalistes, les patrons de presse, les diffuseurs, etc… qui espèrent ainsi renvoyer les sportives dans leurs vestiaires: « Travaillez encore mes petites, et quand vous serez vraiment douées vous reviendrez nous voir. On est pas sexistes, on veut vous éviter le ridicule! »

Je ne parle pas ici de niveau en termes de performance, mais en termes de maîtrise technique. J’en ai déjà parlé dans mon article précédent : il est clair pour moi que si la puissance n’égale pas celle des hommes, rien n’empêche les femmes d’acquérir la maîtrise technique et tactique …dans des conditions d’entraînement équivalentes.

Photo: pub Puma avec la footballeuse brésilienne Marta, trouvée ici

En l’état actuel des choses, ce n’est malheureusement pas un cliché : la pratique féminine de certains sports est loin d’égaler celle des hommes. Je pense en particulier à des sports très récemment féminisés comme le rugby, le football (sauf aux USA).  Mais avant de proclamer, comme je l’ai déjà vu sur des forums de sports, que c’est génétique et basta, penchons-nous un peu sur la réalité.

Tout d’abord, le niveau général d’un sport à l’échelle d’un pays dépend étroitement du nombre de jeunes pratiquantes. Il est évident qu’un vivier réduit de pratiquantes dans les plus petites catégories d’âge ne permet pas une sélection acérée pour le haut niveau.

Les parents n’inscrivent pas volontiers leurs fillettes dans les sports dont je parle. D’une part, il faut déjà avoir entendu parler de la pratique féminine du sport concerné. Et si c’est le cas, et que par hasard l’enfant demande elle-même, ce n’est pas encore gagné : soit l’activité est trop connotée « garçon » au goût des parents qui préfèrent voir leur enfant dans des activités « de son sexe », soit la pratique est tout bonnement impossible faute de structure à proximité de leur domicile. Pour m’être changée des années dans un placard sans douches, car la municipalité refusait les travaux pour des vestiaires de filles, je sais qu’il faut parfois s’accrocher pour pratiquer son sport. Ne serait-ce que d’un point de vue strictement organisationnel et matériel.

Supposons maintenant que notre petite fille ait réussi à s’inscrire dans le club de ses rêves, que ses parents la soutiennent, que les moqueries éventuelles de ses camarades ne la rebutent pas et enfin…qu’elle soit exceptionnellement douée pour son sport. Comment le coach pourra-t-on convaincre ses parents, et elle-même, de s’engager pour le haut niveau, alors qu’il n’y aura la plupart du temps ni reconnaissance médiatique, ni sponsors à la clé en réponse aux sacrifices qu’elle devra endurer?

La passion n’est pas tout. Je comprends parfaitement la réticence des sportives à s’engager pour un sacerdoce aussi peu rémunérateur. Pour les quelques stars du tennis que l’on connaît, il y a des centaines de grandes athlètes qui sont contraintes d’exercer un métier pour subvenir à leur besoin. A mon mini-niveau et malgré tout le plaisir que j’éprouve à pratiquer mon sport, aller me coltiner ma séance un soir pluvieux de novembre après une journée de boulot, c’est galère. Imaginez alors cette situation lorsque l’entraînement, c’est tous les jours ; lorsque que tous les week-ends sont pris, que cela s’accompagne de stress vis-à-vis des résultats, de régimes alimentaires et de sacrifices personnels…

Voici pour le point de vue des sportives. Du côté des encadrants et dirigeants, ce n’est guère plus facile. Faire un tourner un club ou créer un pôle d’excellence, cela réclame une énorme motivation, du temps, et de l’argent, et quand il s’agit de sport féminin cela s’apparente bien souvent au tonneau des Danaïdes. Il y a bien sûr de belles réussites, mais aussi beaucoup qui se découragent et jettent l’éponge alors même que les filles sont présentes et motivées.

Vous m’avez donc compris, pour moi la sous-médiatisation des sports féminins et les préjugés qui l’entourent forment avec les sous-effectifs un cercle vicieux qu’il apparaît nécessaire de briser. La plupart des dirigeants sportifs ont saisi qu’il fallait attirer plus de jeunes filles vers ces sports peu féminisés*, voire susciter plus de vocations dans des sports certes féminisés en loisirs mais désertés dès qu’il s’agit de compétition, comme la course à pied par exemple.

Malheureusement –est-ce parce que les dirigeants sont majoritairement des hommes, ou est-ce le fait de la pression des annonceurs ? – la mise en équation de ce problème se résume bien souvent à « Plus de féminité ! Montrons que ce sont de vraies femmes pour rassurer le public ». C’est ainsi que de désastreuses (à mon sens) campagnes de communication ont vu le jour que ce soit pour le handball ou pour le football, pour le ski… Pour moi c’est un pansement sur une jambe de bois ; on contourne ainsi soigneusement la lutte contre les stéréotypes sexistes. On continue à insinuer que l’on se doit d’être femme avant d’être sportive, et désirable, s’il vous plaît. Mais je développerai cette histoire de féminité dans un prochain billet.

* C’est ainsi que sous l’initiative de dirigeants motivés, des plateaux d’initiation voient le jour dans divers sports. L’occasion de faire ses premières armes, de voir « en vrai » des joueuses féminines, et d’être tentée de faire pareil! Il y a aussi tous les sports UNSS (scolaires) qui sont l’occasion d’apprendre un sport pour un prix réduit dans le cadre du collège ou du lycée.

Préjugé 2: le sport féminin c’est moche et c’est nul

(rediffusion de quelques articles publiés à l’origine sur l’ancien blog)

N’en jetez plus…

La nuance est subtile: ce n’est pas là le physique des sportives qu’on brocarde mais bel et bien le mouvement, le jeu, les postures et les attitudes. Ils sont qualifiés de laids parce qu’ils sont peu habituels, et on estime tout simplement qu’ils sont contre-nature. J’ai souvent entendu ça à propos de sports peu féminisés, des sports de combat en particulier (ben oui, les filles c’est gentil et mignon), mais aussi à propos de sportives de haut niveau jugées trop hargneuses, trop compétitives et trop grimaçantes.

Crédits photos: Serena Williams – AFP. Photo trouvée ici / Gwladys Epangue – Imago – Photo trouvée ici

Inutile de chercher bien loin ; ceux qui grommellent que « deux filles qui se battent, c’est quand même pas joli » sont aussi ceux qui estiment qu’une femme est plus belle dans une cuisine qu’au volant d’une pelleteuse, plus à sa place à changer des couches qu’à la tête d’une entreprise. Ce sont ceux qui ont une image de la femme bien ancrée et bien figée dans leur tête et qui ne veulent pas en démordre.

Alors bien sûr, on n’a pas l’habitude de voir des femmes tous muscles tendus, le regard noir, avec la souffrance qui se lit sur le visage, mais à quoi s’attend-on ? A des nymphes au teint frais, qui gambadent la bouche entrouverte, le cheveu brillant et le front mat ? Que ceux ou celles qui veulent voir ce genre de choses aillent se gaver de pubs et d’articles de magazines féminins.

La suite logique de ce genre de discours est qu’il y a des sports créés pour les hommes, dans lesquels les femmes ne les dépasseront jamais. Par conséquent, il n’y aurait pas lieu de s’intéresser aux sportives. A moins qu’elles aient des mini brassières et se roulent dans le sable d’un terrain de beach-volley. On à moins qu’elles posent pour des photos dénudées. Mais ce n’est pas du sport.

Oui, c’est un fait : pour de longues décennies encore, l’être humain le plus rapide du monde sera un homme. A haut niveau, dans les sports où l’on se mesure au chrono ou à la toise, il n’y a pas photo, et musculairement non plus : les femmes n’ont ni l’explosivité ni la force des hommes. Ceci étant, devons-nous toutes alors raccrocher nos pointes*, nos crampons, nos kimonos et nos raquettes ? Devons-nous nous contenter de la danse et de la gymnastique pour lesquelles nous serions naturellement douées ?

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir les femmes rester dans l’ombre des salles de danse, peut-être y a-t-il un problème de conception du sport. Il y a le spectacle, avec du sensationnel, des records à tout prix,  de l’élévation des sportifs au rang de stars, des sponsors. Là les femmes ont du mal à se faire une place, à moins qu’elles apportent du scandale et du glamour. Et il y a le spectacle aussi, mais avec du travail acharné, de la progression et des échecs, du dépassement de soi et surtout, du plaisir sans mesure qu’on éprouve à pratiquer sa passion. Un record battu, c’est avant tout un homme ou une femme qui s’est surpassé-e. Dans celui-ci, et à tous les niveaux, les femmes ont toute leur place, la même que les hommes.

Morgane Ribout après sa victoire au championnats du Monde de judo de Rotterdam en août 2009

Crédits photos AFP

Mais le faible niveau de certains sports féminins reste une réalité et j’y reviendrai, ce sera la suite…

* d’athlétisme, d’athlétisme, bien sûr, la danse on a le droit.

Préjugé 1: les sportives sont moches

(j’entame la rediffusion de quelques articles publiés à l’origine sur l’ancien blog)

C’est l’insulte la plus souvent balancée. Je pense sincèrement qu’elle est peu à même de toucher celles qui s’épanouissent dans leur sport et qui sont fières de leur corps ; mais quels dégâts cela peut faire sur des femmes qui n’ont pas confiance en elles !

J’avais déjà eu l’occasion de m’énerver sur ce sujet dans ce billet, c’est d’ailleurs ce qui est à l’origine de cette petite série.

On ne sait plus quoi faire des injonctions dont on nous bombarde : « Aie des seins et des fesses mais reste mince, mets-toi au régime mais ne soit pas maigre… » et à présente « Fais du sport mais ne sois pas trop musclée… ». Tout comme les femmes font régimes sur régime pour coller au modèle de minceur, elles se tiennent consciencieusement à l’écart d’une pratique sportive régulière, ou «pire », en compétition, pour rester « féminines ». (je reviendrai d’ailleurs aussi sur cette notion de féminité).

Je préviens, je ne vais pas balancer des photos d’athlètes en petite tenue pour faire mentir ce poncif. (Désolée pour les quelques visiteurs que Google m’amène régulièrement sur une requête « photos de sportives nues »). Entre autres parce que les quelques sportives qui trouvent grâce aux yeux des médias ne doivent rien à leur pratique mais tout à la génétique.

Appuyons plutôt là où ça fait mal : la pratique intensive du sport modifie le corps d’une manière assez peu conforme aux canons de beauté actuels et à la vision qu’on se fait de la féminité*. Et tant que nos représentations de la femme resteront figées, on continuera de trouver les sportives moches en général.

Je concède que c’est bien peu vendeur pour inciter des adolescentes à pratiquer un sport. Mais mettre en avant les seules sportives de haut niveau labellisées « féminines », comme on le fait souvent, n’est une bonne méthode qu’à court terme. D’une part, c’est finalement admettre qu’une femme n’est digne d’intérêt que si elle est belle à regarder et désirable, quoi qu’elle fasse. D’autre part, c’est peut-être jouer sur le mauvais terrain, car plus que les sportives, c’est leur activité en elle-même qui dérange…

…C’est d’ailleurs le sujet du prochain billet : « Le sport féminin, c’est moche. »

* fragilité, délicatesse, grâce…c’est bien joli, mais ça n’aide pas à porter ses valises toute seule.

(Forcément) faible femme

Ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à des remarques de collègues sur la faiblesse féminine. Ou plutôt, sur la force masculine. Mon travail nécessite assez souvent de porter des charges, et bien qu’encadrée par des règles strictes (limite de poids à porter seul, etc…), cette tâche donne le plus souvent lieu à ce qu’on peut bien appeler un concours de bites. « Ah, ben vous avez voulu l’égalité des sexes, ben porte-la ta caisse! »

Evidemment, il est plus facile pour un homme d’1m80 de porter une lourde charge qu’une femme de 1m60, on ne peut le nier. Mais je ne digère pas que certains s’en rengorgent comme la justification de la domination masculine. Ne serait-ce que parce que tous les hommes ne font pas 1m80 ni ne sont capables de porter 35 kg sans se blesser. Et que toutes les femmes n’ont pas besoin qu’on les aide pour porter ces 35 kg.

Pourtant, les hommes qui m’ont pris à partie sur ce sujet – sujet sensible apparemment – ont toujours écarté violemment cette vérité. D’autant plus étonnant que ces hommes étaient presque toujours plus petits que moi… et pas forcément plus costauds. J’ai d’abord voulu rire de ce paradoxe, de ces petits bonshommes trépignants qui me soutenaient qu’une femme n’était pas destinée à porter de lourds équipements, que c’était bien normal à ce titre que certains métiers soient réservés aux hommes, et que le féminisme est vraiment une connerie.

Puis j’ai vu tout ce qui se cachaient derrière ces diatribes. Dans notre société partriarcale, même lorsqu’à priori il ne satisfait pas à tous les stéréotypes de virilité (force, mécanique, football, bière, etc…), un homme appartient au groupe dominant, par défaut en quelque sorte. Et il semblerait que toutes les qualités que la société attribue au groupe dominant lui échoient aussi comme par procuration. (C’est un peu le fameux « On a gagné!, bien connu des supporters chauvins). Mais si ces qualités s’avèrent détenues par des membres des groupes dominés? Voilà qui retirerait un certain nombre de prérogatives au dominants, surtout à ceux qui ne s’attribuent ces qualités que par procuration.

Je comprends ainsi la colère de mes collègues qui voulaient m’empêcher de porter une caisse, constater que je la portais avec le sourire après avoir passé outre leur interdiction. Si on permet aux femmes de montrer qu’elles ont les mêmes capacités que les hommes, comment justifier encore la supériorité masculine?

C’est ainsi que j’arrive à la suite de mon histoire. Chacun sait que la fonction crée l’organe: avec un peu de pratique (et la bonne technique) on arrive à s’entraîner à porter des pièces plus lourdes. Or, dès l’enfance on décourage l’effort physique chez les filles, en les convaincant qu’elles sont faibles et que les garçons sont plus forts. Déjà que les femmes sont plus petites en moyenne à l’âge adulte, pas de risques qu’elles développent leur force dans leur jeunesse… Et pour celles qui persisteraient? Une de mes collègues aime pousser de la fonte et a atteint un certain niveau. Pensez-vous que les hommes de son équipe, si prompts à grogner contre les « petites nanas qu’on doit aider en permanence », soient heureux qu’elle soit aussi forte qu’eux? Oh que non: « Oh, celle-là… c’est pas une vraie femme! » grommellent-ils.

Exclure a priori les femmes car elles manquent d’une compétence (force physique, orientation, mathématiques, ambition, résistance au stress…) supposément masculine.

Les empêcher par tous les moyens d’acquérir cette compétence ou d’en faire preuve.

Si elles réussissent malgré tout à démontrer leur compétence, réagir par l’ostracisme; arguer que ce n’est pas féminin.

Attendre que les femmes s’excluent elles-mêmes.

La boucle est bouclée.

https://i0.wp.com/www2.pictures.gi.zimbio.com/Olympics+Day+1+Weightlifting+BxTg1OQO9cEl.jpgMélanie Noël détient le record de France d’haltérophilie dans la catégorie -48 kg: 100 kg en épaulé jeté et 78 kg à l’arraché. Voilà voilà. (Photo trouvée ici)

Comment trouver le sport qui vous convient?

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La rentrée est propice aux bonnes résolutions sportives! Mais nous savons toutes et tous que le plus dur est de persévérer, faute d’avoir choisi une activité qui nous convienne réellement. En effet, avec les conseils fantaisistes des médias qui ne nous parlent que des activités tendance et supposément amaigrissantes, pas facile de trouver une activité agréable, pratique et motivante… Un tel manque d’information est un réel frein à la pratique sportive, surtout des femmes! Car s’y ajoutent toutes les idées reçues liées au sport féminin.

Aujourd’hui j’ai trouvé des sports que j’adore. Mais comme j’ai aussi essayé de pratiquer (péniblement) / abandonné (lamentablement) pas mal de disciplines… j’ai beaucoup réfléchi au moyen de choisir son sport. Et j’ai trouvé qu’on peut tout résumer en 3 grandes questions.

C’est parfaitement subjectif, issu de mon expérience personnelle, j’enfonce peut-être des portes ouvertes… mais ça peut pas être pire que les avis des magazines féminins. Les voici:

1. Qu’est-ce qui me fait plaisir?

Gardons à l’esprit que le sport est et doit rester plaisant. J’ai des collègues qui se forcent à courir « parce que ça affine les cuisses » mais qui détestent ça. De toute façon, ça ne sert à rien de s’inscrire dans une activité super tendance qui fait un corps de sirène si vous arrêtez au bout de trois semaines tellement ça vous ennuie. Le plaisir doit être votre premier critère de choix. Pas les calories dépensées, pas l’endroit d’où ça fait maigrir, pas le potentiel hype. Le plaisir. VOTRE plaisir.

Ceci posé, je vous propose d’affiner votre « recherche de plaisir » pour orienter votre choix sportif:

– Quel effort aimez-vous réaliser? Préférez-vous solliciter votre endurance avec des efforts dans la durée (course de fond, aviron, tennis) ou bien préférez-vous les efforts plus violents, plus « cardio » (boxe, basketball, judo)? Aimez-vous éprouver vos réflexes (tennis de table, badminton, escrime)?

– De quel manière voulez-vous solliciter votre corps? Aimez-vous l’éprouver en résistance (escalade, yoga), ou plutôt en explosivité (haltérophilie, lutte, rugby)?

– Côté mental, qu’est-ce qui vous fait vibrer? êtes-vous à la recherche du geste parfait (aïkido, tir à l’arc, lancers)? Aimez-vous atteindre, puis dépasser vos limites (course à pied, ski de fond)? Avez-vous soif de nature (alpinisme, VTT, voile)? Ou encore est-ce l’accomplissement collectif d’une équipe qui vous enchante (football, volley, water-polo, ultimate, roller derby…)?

2. Quelles sont mes contraintes?

Il est primordial que votre nouveau sport s’intègre bien dans votre quotidien, pour vous permettre de le pratiquer sereinement dans la durée. Quels sont donc vos impératifs matériels et personnels?

– Financièrement, quel budget êtes-vous en mesure d’allouer à votre pratique sportive? Certains sports sont plus dispendieux que d’autres; pensez au coût de votre équipement mais aussi à la licence/abonnement, et au coût de transport. Le cas échéant, il peut y avoir une assurance à souscrire.

– Quelle place pouvez-vous raisonnablement réserver au sport dans votre planning? OK, débuter une nouvelle activité nécessite souvent un peu d’organisation… mais si vous retirez plus de stress que de bien-être de votre nouvelle pratique, c’est pas terrible. Respectez votre rythme. Par exemple, inutile de planifier des séances à l’aube si vous n’êtes pas matinal. J’avoue avoir posé pas mal de lapins sportifs les samedis matins…

– Quel temps de transport maximum vous semble correct? C’est une donnée à laquelle j’attache de plus en plus d’importance, au point d’arbitrer en fonction d’elle. Pensez surtout au retour… quand vous n’aurez qu’une envie, celle de vous vautrer dans votre canapé ou filer au lit.

– Enfin, quelles sont vos exigences de confort? ça peut paraître idiot mais si par exemple la pluie ou le froid vous démotive ET que vous habitez au Nord de la Loire, il est peut-être plus sage de choisir un sport en salle. Ca peut se nicher dans des détails: j’ai commencé à aimer l’escalade quand j’ai trouvé des chaussons confortables.

3. Où est-ce que je trouve ma motivation?

 Je distingue deux formes de motivation, essentielles pour persévérer dans un sport. La motivation « sur la durée », qui nous permet de nous lancer de nouveaux objectifs, et la motivation « coup de fouet ». La première, c’est se sentir bien dans sa tête et dans son corps, c’est progresser régulièrement ou apprendre sans cesse. C’est un cercle vertueux: plus on pratique, mieux on se sent, et plus on a envie de continuer…

La seconde… la seconde est essentielle, et n’appartient qu’à vous. Car même pour un sport qu’on adore, dans un club à deux pas, c’est difficile de rester motivé… fatigué, marre de tout, rien envie de faire. Et dans ces cas-là, il faut tabler sur une petite étincelle! Alors demandez-vous: qu’est-ce qui pourrait vous faire lever de votre canapé un soir de novembre après une grosse journée de boulot, ou sortir de sous votre couette bien chaude un dimanche matin pluvieux? Ce peut être la perspective d’un bon moment passé entre amies. Ce peut être le bienfait d’un grand bol d’air ressourçant en pleine nature (randonnée, running). Ce peut être le besoin de se vider la tête en se concentrant sur son geste ou sa trajectoire (golf, kayak, cyclisme).

Je me rappelle m’être trainée certains soirs au foot, uniquement motivée par la perspective des fous rire avec les copines. Et j’ai récemment découvert le pouvoir anti-stress d’une bonne séance de natation (même pour moi qui débute et avale beaucoup d’eau).

A chacun et chacune sa motivation et ses envies!

Photo trouvée ici.

Bienvenue!

Bienvenue sur le nouvel « Entrées en Lice »!

L’adresse a changé, mais je compte bien que l’enjeu reste le même: décortiquer le sexisme dans le sport, s’interroger sur la promotion du sport féminin.

Vous pourrez par ailleurs toujours trouver mes anciens billets à l’ancienne adresse.

Et pour l’occasion, je laisse tomber mon nom de blogueuse: exit Gabrielle! Appelez-moi Delphine (de mon vrai prénom).

Enfin, n’hésitez pas à venir commenter, je suis toujours heureuse de pouvoir discuter!

 

 

 

 

Contre le sexisme dans le sport. Parce qu'il y a aussi des sportives!

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