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Comment empêcher les femmes de vous envahir: l’exemple de la F1

On pourrait penser aujourd’hui qu’il n’existe aucun obstacle objectif à l’accession des femmes en Formule 1… mais il semblerait que ce ne soit pas évident pour tout le monde, au moment où la pilote Susie Wolff accède au poste de pilote d’essai pour l’écurie Williams.

Si j’ai bien compris (car je suis novice en F1), le ou la pilote d’essai est chargé de tester la voiture avant les courses, en collaboration avec les pilotes « titulaires » qui eux courront effectivement sur ces voitures. Et pour Susie Wolff, cela constitue une promotion car elle occupait auparavant le poste de pilote de développement, qui est encore en amont. En bref, elle se rapproche des Grand Prix.

Inutile de préciser qu’elle constitue une véritable exception dans le monde de la formule 1, et que son intrusion dans ce bastion masculin a suscité plus que sa part de commentaires outrés.

Je suis tombée à ce propos sur un article du Figaro datant de l’année dernière, (et même du 8 mars, tiens tiens) qui s’interrogeait ingénument sur l’absence de femmes dans la formule 1. On y apprend certes que la différence physique entre hommes et femmes ne constitue plus un obstacle valable à la présence de femmes dans le sport auto. Mais quid des différences cérébrales qu’on aime bien évoquer quand on veut prouver l’infériorité congénitale des femmes dans un domaine? Eh bien il apparaît que les femmes obtiennent des résultats équivalents aux hommes sur simulateur. Mais cela ne suffit pas à ces Messieurs du milieu, car les femmes ont trop… « d’instinct de survie » pour performer réellement sur un circuit. « Il faut accepter de mettre sa vie en jeu« , et ça, les femmes n’y arrivent pas,  parce que « les femmes pensent à fonder une famille, un homme a moins cette contrainte ».

(On peut ici souligner la rareté des accidents mortels en F1 – 43 décès dans toute l’histoire – et donc l’indécence de ces propos lorsque d’autres, femmes et hommes n’hésitent pas à vraiment risquer leur vies pour d’autres raisons.)

Au-delà de la F1, cet exemple est ultra-représentatif de cette obstination aveugle que l’on a, à vouloir prouver que les femmes PAR NATURE sont incapable des mêmes prouesses que les hommes. Qu’il s’agisse d’exercice du pouvoir, de travail, d’art ou de sport, les arguments suivent toujours le même cheminement:

– d’abord, c’est impossible physiquement: les femmes sont trop faibles, trop émotives, trop fragiles, trop ceci, pas assez cela, tout est bon pour dire qu’elles n’ont PAS DE PENIS et que cela les disqualifie biologiquement.

– lorsque cet argument a été battu en brèche, par la science ou par la pratique, on déploie l’argument cérébral et on énumère tout ce que le cerveau de la femme est incapable de faire: calculer, s’orienter dans l’espace, avoir de la coordination… Oh, on le rend bien capable de faire deux-trois choses utiles comme le ménage et changer les couches mais c’est tout.

– on prouve que c’est faux, on démontre la plasticité du cerveau et l’importance de l’éducation? Pas de panique, il reste la carte maîtresse à abattre: on affirme que les femmes NE VEULENT PAS (le pouvoir, faire de la mécanique, conduire très vite). Parce que ce qu’elles veulent c’est se marier et pondre des enfants, car c’est la NATURE.  (Ah, il y en a qui ne veulent pas? Eh bien, ce ne sont pas des vraies femmes, dira-t-on,  voilà tout!)

Et ce dernier argument est le plus douloureux. Car oui, on ne peut nier que les femmes n’ont pas particulièrement envie d’investir ce domaine. C’est le cas du sport en général, d’ailleurs.  Il existe certes des freins objectifs et matériels à la pratique féminine, mais force est de constater que les femmes choisissent les disciplines les plus connotées « féminines », choisissent de s’arrêter plus tôt que les hommes, et s’investissent moins qu’eux dans le haut niveau.

On a beau jeu de dénoncer le conditionnement sexiste auquel nous sommes tous exposés: je rencontre somme toute beaucoup de personnes prêtes à le reconnaître, mais qui s’en accommodent et estiment « qu’on est heureux comme ça » et « que ça n’est pas très grave ».

Voilà toute l’habileté de l’argumentaire sexiste. Tout faire pour que nous choisissions nous-même de rester dans l’ombre, loin du pouvoir et des honneurs, mais heureuses car reconnues comme de « vraies femmes ».

La très stéréotypée Pénélope Pitstop n’a pas vraiment fait d’émules parmi les jeunes fans des Fous du Volant… (photo trouvée ici)