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A ton âge!

Telle que vous me lisez, j’ai 31 ans et j’ai démarré le rugby en septembre. Je vous raconte?

Ceux qui me lisent depuis un moment savent que je me suis mise au football pendant mes études. Je pensais que ça faisait partie des sports qu’il fallait commencer enfant, mais les sympathiques fêtardes de l’équipe universitaire – et quelques pintes – ont eu raison de mes réticences. Dix ans et deux déménagements plus tard, je joue toujours en club…

Aujourd’hui, si j’ai plaisir à jouer, je me sens de moins en moins en phase avec les codes du foot. J’avais jusque là réussi à composer avec sans vraiment y adhérer, mais je sens que je sature un peu.

A côté de ça, j’avais eu un gros coup de coeur pour la Coupe du Monde féminine de rugby: (Voix intérieure n°1) « Waaaaah! Trop cool! »  Pour me reprendre aussitôt: (Voix intérieure n°2) « N’y penses pas, déjà ça fait sourire quand tu parles de tes matches de foot, alors débuter le rugby! Tu seras la plus vieille ou alors les filles de ton âge seront toutes super fortes. »

J’étais résignée à ne plus pouvoir regarder de rugby sans le regret de ne pas m’y être mise à temps.

Et puis… l’auto-coup de pied au cul. Dans mon travail (milieu masculin), j’encourage mes jeunes collègues féminines et moi-même à se moquer des idées reçues et sortir du moule. Et dans le privé, je laisserais un vieux stéréotype moisi me pourrir la vie? (Voix intérieure n°1): « Elle est belle la pionnière! Allez, prends ton téléphone et appelle ce club loisir à côté de chez toi. »

Je me lance à la fin de l’été. Et… surprise!  Vingtenaires ou quadras, étudiantes ou mères de famille, toutes m’accueillent à bras ouverts. Je ne suis ni la plus vieille – loin s’en faut – ni la plus fluette (ce dont j’avais peur), et pas la seule avoir démarré sur le tard. De celles qui ont découvert le rugby pendant leurs études (tiens, tiens…) à celles qui n’ont pas eu le droit d’y jouer étant enfant, en passant par celle qui, à force de regarder son fils jouer, à voulu elle aussi tâter du ballon…  Leur point commun: elles ont mis de côté leur peur d’être « trop vieilles ».

Nous ne serons peut-être pas des championnes. Mais les émotions du sport ne sont pas réservées au haut niveau, et on n’est jamais trop vieille pour l’esprit d’équipe, la solidarité, le plaisir de progresser et la fierté de réaliser ses objectif.

A propos, j’ai marqué mon premier essai!

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Photo trouvée ici

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Préjugé 6: Les hommes sont meilleurs sportifs que les femmes

(suite de recyclage d’anciens billets…)

« Tu comprends, les filles font le petit parcours et les garçons le grand. Mais le grand parcours c’est trop dur pour moi et je ne veux pas être le seul garçon du groupe à faire le petit! »

C’est ce qu’un ami m’a dit, à propos d’un raid VTT auquel il aurait bien aimé participer avec toute sa bande… mais voilà, son niveau ne lui permettait pas de suivre les mecs.

Il est pas expert en VTT. C’est aussi le cas de ses amies filles, qui ont décidé de s’inscrire sur la petite boucle, pour découvrir la discipline et être sûres de s’amuser. Mais lui, ne fera rien, et le soir venu il se contentera des les écouter tous commenter les bons moments de leur journée.

Le petit parcours n’est donc plus une boucle plus courte pour les gens qui ne veulent pas se lancer dans un grand raid , il devient un « truc-de-fille ». Un « truc-de-fille » c’est toujours vaguement dévalorisant, enfin non, c’est bien « pour une femme » mais pour un mec, bon, c’est un peu de la rigolade. D’où l’importance, d’ailleurs, de soigneusement tenir les femmes éloignées des vrais « trucs-de-mec » de peur d’en faire des « trucs de filles ».

J’avais envie de lui dire: « C’est dommage de te priver tout seul d’un truc qui t’aurait plu, à cause d’une norme (à la noix) que tu as, que nous avons tous, intériorisée. »

« Mais permets-moi quand même: si toi, comme je te connais, bien dans tes baskets et sportif, tu n’oses pas passer outre, qui va bien pouvoir le faire, hein? »

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Préjugé 5: les femmes n’ont pas le temps de faire du sport

(suite de recyclage et remodelage d’anciens billets)

[Il y a quelques années maintenant] j’étais à l’assemblée générale de mon club de foot en région parisienne.

Premièrement, amère constatation de voir que même pour un club féminin, même avec un bureau relativement mixte, seuls les hommes siègent à la table pour s’adresser doctement aux femmes de l’assistance: nous ne dérogeons pas aux statistiques officielles des associations sportives. Peu de femmes dirigeantes…

Deuxièmement, nous accueillions un monsieur de la mairie pour discuter infrastructures, subventions, et surtout demander un créneau supplémentaire par semaine sur notre terrain. Rien qui ne soit très classique jusque là, si ce n’est que pour justifier sa réticence à nous l’accorder, ce monsieur s’est fendu à un moment d’un « Les hommes peuvent, eux, partir à 20h pour faire un tennis! Mais vous…mesdames… vous avez une autre vie… »

En se faisant ainsi renvoyer dans nos cuisines, mes copines et moi avons réprimé notre hoquet d’indignation… Oui, réprimé, car il s’agissait de faire bonne figure (les subventions!).

En admettant que les statistiques vous donnent raison: la faute à qui, Monsieur, si les femmes ne trouvent pas le temps?

La faute à ceux qui trouvent normal de rentrer du tennis à 23h, une fois les enfants baignés et couchés, en mettant les pieds sous la table et en jetant son sac dans un coin – la lessive se fera toute seule – sans jamais rendre la pareille un jour dans la semaine. Je ne compte plus les collègues et amies qui subissent ces situations: « Il travaille tellement, il a besoin de décompresser… il lui faut son espace à lui… ». Quand, elles, regrettent ne pas avoir pu chausser de baskets depuis des mois. On pourrait les exhorter à se rebeller, bien sûr. Mais qui a envie d’un bras de fer permanent à la maison quand gérer le quotidien pompe déjà une énergie phénoménale?

 

 

 

Ma première « action féministe »

Je ne pense pas être devenue féministe d’un coup. J’ai plutôt vécu une prise de conscience avec différents paliers, des questions, des recherches, quelques réponses et tout un tas de nouvelles questions, des rencontres, ce blog…

L’anecdote que je veux vous raconter représente un passage marquant de tout ce cheminement, car représentant un tout premier passage à l’action. A l’époque, je ne me définissais pas comme féministe, d’où les guillemets, et j’en ai tiré des conclusions bien plus tard, mais je pense que malgré tout cet épisode à contribué à me construire (en plus de m’avoir beaucoup amusée).

J’étais donc adolescente, et je pratiquais le judo dans un club très sympa. Nous étions un bon nombre de filles, et nous formions un bon groupe d’amies aussi soudé que turbulent (une pensée émue pour l’entraîneur qui a supporté notre bruyante indiscipline). C’était un petit club de banlieue, et si les garçons disposaient d’un vestiaire spacieux avec de nombreuses douches, mes amies et moi étions confinées dans un cagibi minuscule, avec une seule douche pas entretenue. C’était historique: pendant longtemps, le club n’ayant eu peu ou pas de féminines, les rares pionnières se contentaient du placard à balais. Mais les choses avaient changé: nous étions de plus en plus nombreuses, et certains jours plus que les garçons! Notre processus de recrutement était bien rodé: nous faisions venir nos amies dans le club, car elles avaient envie de faire du sport mais ne voulaient pas être la seule fille. Bruyamment accueillies par notre gang, elles restaient pour les confidences de vestiaires, les concours de gâteaux et les misères variées que nous faisions subir aux entraîneurs. Accessoirement, elles s’entraînaient, progressaient, passaient leurs grades…

Ce fameux vestiaire devenait donc bien trop petit pour toutes nous accueillir correctement: nous nous changions au milieu d’un tas indistincts de kimonos et pantalons en vrac, les ceintures faisaient des noeuds et on risquait à tout moment de se faire éborgner par une agrafe de soutif. Nous avons fini par nous plaindre. Récoltant des soupirs et des « oui, on sait… avant y’avait pas de vestiaires pour filles parce que y’avait pas de filles. Ben là… ok, vous êtes beaucoup de filles. Mais on verra si ça dure, hein. ». Pendant ce temps, les garçons profitaient royalement d’un vestiaire presque vide aux douches quasi inutilisées sans que personne ne leur demande de se justifier sur leur nombre. Pas de changement à l’horizon, échanger une fois sur deux les vestiaires nous auraient satisfaites, histoire de partager les contraintes… mais rien.

Comme je l’ai dit, nous étions plutôt turbulentes. Aussi je l’avoue: nous avions entre 14 et 18 ans, et c’est surtout la perspective de la bonne blague qui nous a poussée à l’action. Un beau jour, avec force gloussements et chamailleries de rigueur, nous sommes toutes allées nous changer chez les garçons pour « protester contre la répartition non équitable des vestiaires qui nous empêchent de nous changer dans de bonnes conditions ». Une fois notre revendication dûment énoncées, nous pouvions nous réjouir à loisir des cris d’orfraie et autres protestations outrées que nous provoquions. C’étaient les mêmes jeunes coqs, habitués à tomber le kimono pour se pavaner torse nu, qui fuyaient à la vue d’une brassière de sport à peu près aussi impudique et glamour qu’un gilet pare-balle.

Judokates hystériques et féroces envahissant le vestiaire des hommes
Judokates hystériques envahissant le vestiaire des hommes

Quelques semaines plus tard, notre entraîneur nous annonce que des travaux de réfection seraient engagées pour la rentrée prochaine. Avec au programme un agrandissement des vestiaires des filles… L’adjoint au maire a tenu à nous rencontrer pour visiter les vestiaires et nous consulter sur nos besoins. La gloire. Et surtout, deux beaux vestiaires de même surface l’année suivante.

C’était peut-être une goutte d’eau et aujourd’hui je ne sais même pas si mes complices et nos « victimes » se rappellent de ce que nous voyions à l’époque comme un brillant coup d’éclat. Et pour être tout à fait honnête, les hommes adultes (car c’était un cours senior) du cours ont dû faire pencher la balance, car eux ont été carrément mal à l’aise que des adolescentes viennent se changer dans la même pièce – et je peux les comprendre. Peut-être qu’on a changé les vestiaires non pas pour satisfaire les nanas mais parce que les mecs se sont plaints.

Tout de même, je pense que nous avons appris deux-trois trucs, au-delà du frisson « hiiiii on s’est mises en shorty lycra devant les garçons » (je vous rappelle que les Femen n’existaient pas, on était donc des dingues). Tout simplement, que ce n’est pas en demandant bien poliment et bien gentiment qu’on obtient gain de cause: ça marche mieux quand on est pénible. On n’a pas donné le droit de vote aux femmes qui attendaient gentiment, elles l’ont conquis. (Nan mais l’autre, elle tombe le kimono pour faire abattre une cloison, et paf! elle se prend pour Olympe de Gouges… Bah quoi, faut bien commencer quelque part, non?). Donc de la même manière, tant qu’on n’est pas venues bousculer les mecs, ça ne les dérangeait pas qu’on s’entasse à 10 dans 8 m². Nous avons naturellement remercié notre entraîneur d’avoir fait passer le message; mais sans nos protestations qui sait combien de temps on aurait attendu? J’y repense de temps en temps, quand on me demande d’être patiente et de laisser faire le temps.

Initiations sportives pour les femmes le 8 mars

Le 8 mars est la Journée Internationale des Droits des Femmes, un peu hâtivement transformée en Journée de la Femme par les publicitaires qui y voient une Fête des mères élargie. On assiste aussi à des actes de contritions de la part des dirigeants de tous domaines, reconnaissant que l’égalité de fait entre hommes et femmes n’existe pas et qu’ils ont une part de responsabilité. Et bien souvent, le 9 mars aucune action concrète n’est engagée.

Certes. Mais cette journée annuelle est également l’occasion de sensibiliser et d’informer. En sport, de nombreux évènements sont organisés pour initier les femmes et les filles, souvent gratuitement, à diverses disciplines.

Oui, parfois ces actions sont organisées de manière maladroite et s’éloignent de l’objectif d’égalité homme-femme, en communiquant sur des stéréotypes sexistes. Mais beaucoup offrent tout simplement l’occasion aux femmes de découvrir une nouvelle activité dans une ambiance bienveillante. Petite sélection absolument non exhaustive avec de jolies affiches non sexistes (mon péché mignon). Cliquez sur le titre pour avoir les infos associées. Et naturellement n’hésitez pas à signaler dans les commentaires d’autres évènements!

Le Sport donne des Elles, dans toute la France. La Fédération sportive des ASPTT, qui regroupe de nombreux clubs et permet de pratiquer de nombreuses disciplines en France, organise cette année encore l’opération « Le Sport donne des Elles », pour toutes celles qui ont envie de découvrir de nouveaux sports. Avec une affiche qui donne la pêche sans talons aiguilles ni rouge à lèvres, c’est ainsi 42 clubs en France qui ouvrent leurs portes pour vous permettre de vous initier à plus de 60 sports près de chez vous. Du hip-hop au judo, en passant par le ski de fond et le tir à l’arc, il y a sûrement celui qui vous plaira, c’est l’occasion ou jamais d’essayer!

Course et rando féminine dans les Bouches-du-Rhône. Encore une course féminine caritative? Peut-être, mais la formule permet à de nombreuses femmes de se lancer dans la course à pied, entraînées par des amies, leur mère, leur fille…  J’ai surtout aimé ce détail: chacune donne ce qu’elle peut, à partir de 5 euros.

Escalade en Nouvelle-Calédonie.  Encore du rose, mais une jeune fille en action. Et un service garderie: on est toutes d’accord que garder les enfants ne devrait pas être une prérogative féminine, mais dans la vraie vie où c’est elles qui le font le plus souvent, voici qui peut être pratique. Et si finalement,  c’étaient les évènements masculins ne proposant pas de garderie qui étaient sexistes?

Taekwondo à Clermont-Ferrand. J’ai un faible pour les photos en noir et blanc et un faible pour l’esthétique des arts martiaux, dont acte:

Vélo et multisports à Chambéry.  Outre la très jolie affiche qui évite le tout-rose, j’aime le clin d’oeil « le 8 mars c’est toute l’année! » et la variété des sports proposés: haltérophilie, golf, ping-pong…

De la moto partout en France. D’accord, c’est plutôt pour celles qui on déjà une moto, mais j’adore l’affiche! De plus, je ne connaissais pas l’association Toutes en Moto, qui organise ces cortèges 100% féminins, dont la jolie devise est « conduisons nos vies ». N’hésitez pas à parcourir sur leur site les témoignages de motardes de tous âges!

30 choses essentielles que le sport apprendra à votre fille

…et à votre fils!

  1. Qu’elle a de l’énergie à revendre.
  2. Qu’elle n’est pas plus fragile ni moins forte que les garçons.
  3. Qu’une fille peut très bien s’intégrer dans une équipe de garçons. Et vice-versa.
  4. Que la force non maîtrisée est inutile.
  5. Qu’adversaire ne signifie pas ennemi-e. 
  6. Qu’on peut perdre et avoir bien joué.
  7. Qu’on peut gagner et avoir mal joué.
  8. Que la défaite, c’est pas grave. Et que la victoire, c’est bon. 
  9. Qu’on ne part pas tous à armes égales. Mais qu’on a toutes et tous des qualités à cultiver. 
  10. Que chacun-e peut trouver sa place. Il n’y a pas LE sport, mais DES sports. Plein.
  11. Qu’on peut faire de la boxe et aimer se maquiller (mais on n’est pas obligée). 
  12. Qu’on peut faire de la danse et ne mettre que des baggys (mais on n’est pas obligée non plus). 
  13. Que ses actions compteront toujours plus que son apparence. 
  14. Qu’elle peut être fière de son corps pour ce qu’il accomplit, et pas seulement pour ce dont il a l’air. 
  15. Que faire du foot ça ne donne pas de grosses cuisses. En tout cas, moins que le MacDo. . 
  16. Que son corps est un ami qu’il faut écouter et accompagner, pas un ennemi qu’il faut contenir ou contrer. 
  17. Qu’il n’est pas plus idiot de souffrir pour courir plus longtemps, que de souffrir pour s’épiler. 
  18. Que la concurrence, ça peut donner un coup de fouet.
  19. Que la compétition, ça peut être jouissif.
  20. Que progresser après un long entrainement, c’est gratifiant et bon pour l’ego. 
  21. Que dans une équipe, il faut faire des concessions, et trouver sa place. 
  22. Qu’une critique n’est pas une attaque personnelle, et qu’elle permet souvent de progresser.
  23. Qu’une équipe soudée, c’est très fort. Même pour les sports individuels. 
  24. Qu’une équipe débutante bien organisée est parfois plus efficace que quelques individualités douées mais mal gérées.
  25. Qu’elle n’aura jamais rien à perdre à se lancer dans un nouveau challenge.
  26. Qu’il faut oser. Oser demander, oser participer, oser râler.
  27. Que plus elle osera, plus elle aura confiance en elle.
  28. Plaisir de pratiquer, plaisir de progresser, plaisir de gagner… le plaisir est le moteur de motivation le plus puissant
  29. Qu’il y a toujours des choix et des sacrifices à faire, mais qu’elle ne devra pas se les laisser imposer
  30. Que les plus grandes victoires, on les remporte contre soi-même.

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Photo trouvee ici

(Reprise d’un article initialement publié sur l’ancien blog le 22 août 2013)

Nouvelle année: pourquoi il vaut mieux ne pas s’abonner dans une salle de fitness

Déjà, et ce n’est pas nouveau, parce qu’il y a de très fortes chances que nous abandonnions rapidement. Mais surtout parce que les salles de sport comptent spécifiquement sur le manque de motivation des femmes pour faire leur beurre… et vont jusqu’à orienter leur marketing dans ce sens.

Philippe Vandel l’explique dans sa chronique sur France Info (à lire ou réécouter ici), intitulée: « Pourquoi les pubs pour les salles de sport ne montrent-elles que des femmes en photo? »

Eh bien oui, pourquoi? Car les salles de fitness sont plutôt fréquentées par une clientèle mixte. Philippe Vandel nous explique donc le raisonnement des dirigeants. Ceux-ci doivent vendre un nombre d’abonnements suffisant pour être bénéficiaires, sans toutefois dépasser les capacités d’accueil de la salle. Pour optimiser la fréquentation, ils étudient donc le taux d’absentéisme des abonnés.  Il s’avère ainsi que 10 à 20% des abonnés hommes abandonnent, et que près de 50% des abonnées féminines désertent rapidement les lieux! « Les femmes sont donc beaucoup plus rentables » conclut P. Vandel. « Si vous disposez de 100 places, vous pouvez signer 200 contrats ».

D’où un marketing spécifiquement ciblé en direction d’une clientèle féminine: des panneaux pour les salles de sport montrant de préférence des femmes, mais aussi des magazines féminins qui nous matraquent de publi-reportages pour les derniers cours de fitness à la mode (et hors de prix. 25 euros la séance?!?).

Sexiste ou opportuniste? Au-delà du cynisme de cette stratégie, je voudrais surtout revenir sur le nombre de femmes qui abandonnent. Les hommes seraient naturellement plus enclin à pratiquer du sport? Le gène de la persévérance serait-il sur le chromosome Y?

Ou alors… d’une part, nous subissons un bourrage de crâne sans répit sur la nécessité d’être toujours plus minces et plus fermes, que ce soit dans les médias ou dans notre entourage. D’autre part, les infrastructures et les fonds publics étant trustés par les activités sportives masculines, l’offre sportive pour les femmes est très limitée dans certaines régions. La salle de gym est souvent la seule solution pratique pour celles qui voudraient se défouler un peu. Nous nous retrouvons donc à dépenser une petite fortune, pour pratiquer une activité que nous choisissons par défaut, avec parfois pour objectif premier non pas de se faire plaisir mais de maigrir: inutile d’être un fin psychologue pour comprendre qu’il sera difficile d’être assidue. Si en plus on ajoute la pression du quotidien, le travail, la vie familiale et les tâches domestiques (encore bien peu partagées avec les conjoints)… nos bonnes résolutions ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir. Bonjour la culpabilité, en plus.

Et si votre bonne résolution cette année, c’était de jeter un oeil dans les MJC, de rôder aux abord des stades ou de surfer sur le site de votre mairie? Peut-être y a-t-il un club de jiu-ji-tsu, de badminton ou de course à pied qui serait ravi de vous accueillir (pas forcément pour faire des compétitions), souvent pour bien moins cher…  avec le plaisir et la convivialité en plus, soit de bonnes raisons pour se motiver les jours de flemme!

Ou alors du curling, on a l’air de bien rigoler. Bonne année sportive à toutes et à tous!

photo trouvée ici

Comment empêcher les femmes de vous envahir: l’exemple de la F1

On pourrait penser aujourd’hui qu’il n’existe aucun obstacle objectif à l’accession des femmes en Formule 1… mais il semblerait que ce ne soit pas évident pour tout le monde, au moment où la pilote Susie Wolff accède au poste de pilote d’essai pour l’écurie Williams.

Si j’ai bien compris (car je suis novice en F1), le ou la pilote d’essai est chargé de tester la voiture avant les courses, en collaboration avec les pilotes « titulaires » qui eux courront effectivement sur ces voitures. Et pour Susie Wolff, cela constitue une promotion car elle occupait auparavant le poste de pilote de développement, qui est encore en amont. En bref, elle se rapproche des Grand Prix.

Inutile de préciser qu’elle constitue une véritable exception dans le monde de la formule 1, et que son intrusion dans ce bastion masculin a suscité plus que sa part de commentaires outrés.

Je suis tombée à ce propos sur un article du Figaro datant de l’année dernière, (et même du 8 mars, tiens tiens) qui s’interrogeait ingénument sur l’absence de femmes dans la formule 1. On y apprend certes que la différence physique entre hommes et femmes ne constitue plus un obstacle valable à la présence de femmes dans le sport auto. Mais quid des différences cérébrales qu’on aime bien évoquer quand on veut prouver l’infériorité congénitale des femmes dans un domaine? Eh bien il apparaît que les femmes obtiennent des résultats équivalents aux hommes sur simulateur. Mais cela ne suffit pas à ces Messieurs du milieu, car les femmes ont trop… « d’instinct de survie » pour performer réellement sur un circuit. « Il faut accepter de mettre sa vie en jeu« , et ça, les femmes n’y arrivent pas,  parce que « les femmes pensent à fonder une famille, un homme a moins cette contrainte ».

(On peut ici souligner la rareté des accidents mortels en F1 – 43 décès dans toute l’histoire – et donc l’indécence de ces propos lorsque d’autres, femmes et hommes n’hésitent pas à vraiment risquer leur vies pour d’autres raisons.)

Au-delà de la F1, cet exemple est ultra-représentatif de cette obstination aveugle que l’on a, à vouloir prouver que les femmes PAR NATURE sont incapable des mêmes prouesses que les hommes. Qu’il s’agisse d’exercice du pouvoir, de travail, d’art ou de sport, les arguments suivent toujours le même cheminement:

– d’abord, c’est impossible physiquement: les femmes sont trop faibles, trop émotives, trop fragiles, trop ceci, pas assez cela, tout est bon pour dire qu’elles n’ont PAS DE PENIS et que cela les disqualifie biologiquement.

– lorsque cet argument a été battu en brèche, par la science ou par la pratique, on déploie l’argument cérébral et on énumère tout ce que le cerveau de la femme est incapable de faire: calculer, s’orienter dans l’espace, avoir de la coordination… Oh, on le rend bien capable de faire deux-trois choses utiles comme le ménage et changer les couches mais c’est tout.

– on prouve que c’est faux, on démontre la plasticité du cerveau et l’importance de l’éducation? Pas de panique, il reste la carte maîtresse à abattre: on affirme que les femmes NE VEULENT PAS (le pouvoir, faire de la mécanique, conduire très vite). Parce que ce qu’elles veulent c’est se marier et pondre des enfants, car c’est la NATURE.  (Ah, il y en a qui ne veulent pas? Eh bien, ce ne sont pas des vraies femmes, dira-t-on,  voilà tout!)

Et ce dernier argument est le plus douloureux. Car oui, on ne peut nier que les femmes n’ont pas particulièrement envie d’investir ce domaine. C’est le cas du sport en général, d’ailleurs.  Il existe certes des freins objectifs et matériels à la pratique féminine, mais force est de constater que les femmes choisissent les disciplines les plus connotées « féminines », choisissent de s’arrêter plus tôt que les hommes, et s’investissent moins qu’eux dans le haut niveau.

On a beau jeu de dénoncer le conditionnement sexiste auquel nous sommes tous exposés: je rencontre somme toute beaucoup de personnes prêtes à le reconnaître, mais qui s’en accommodent et estiment « qu’on est heureux comme ça » et « que ça n’est pas très grave ».

Voilà toute l’habileté de l’argumentaire sexiste. Tout faire pour que nous choisissions nous-même de rester dans l’ombre, loin du pouvoir et des honneurs, mais heureuses car reconnues comme de « vraies femmes ».

La très stéréotypée Pénélope Pitstop n’a pas vraiment fait d’émules parmi les jeunes fans des Fous du Volant… (photo trouvée ici)

Préjugé 4 : les femmes n’aiment pas la compétition

(suite de la rediffusion d’anciens billets initialement publiés sur l’ancien blog)

…ni les efforts intenses, ni les sensation fortes, ni la bagarre. Etc.

Leur manque de compétitivité « naturel » : voilà selon certains, ce qui détournerait les femmes de toute pratique à haut niveau. Et tiens donc, c’est aussi ce qui les tiendrait éloignées des filières professionnelles sélectives, des carrières brillantes et des lieux de pouvoir, quelle coïncidence. En plus, il se trouvera toujours quelqu’un pour dire « Est-ce que c’est un mal ? Ah, les femmes, elles au moins, n’ont pas envie d’écraser les autres, c’est tellement mieux… » Ah, ces tentatives de conforter les femmes dans un caractère soi-disant vertueux…mais qui comme par hasard, donne moins de reconnaissance, moins d’argent, moins de pouvoir.

Pour commencer par une parenthèse, la compétition n’est pas le seul ressort du sport, ni toujours le meilleur, mais on n’arrive pas à un certain niveau sans un minimum de niaque. D’ailleurs, même à un niveau amateur, on ne progresse pas sans s’accrocher. Et je distingue les perfectionnistes qui, en se comparant aux autres, évaluent leurs propres progrès, et ceux qui préfèrent gagner en jouant mal que perdre en jouant bien. Voilà qui est dit.

Et donc, de vraies compétitrices acharnées, qui veulent dépasser tout ce qu’il y a devant elles, j’en connais. Et pas qu’à haut niveau, des amatrices aussi. Zut alors, sont-elles des femmes ? Faut-il le répéter pour ceux qui croient aux fadaises de Mars et Vénus, l’esprit de compétition n’est pas inscrit dans les gènes masculins. C’est quelque chose qu’on nous inculque ou qu’on acquiert, selon notre caractère. Mais ce sont les garçons qu’on encourage dans ce sens : cet article, paru il y a quelque temps, m’avait frappée.

Ce billet explique également qu’on couve plus les fillettes que les garçonnets ; il en résulte que ces derniers découvrent mieux leur corps, appréhendent mieux l’espace et leurs limites. Ils se développent donc mieux : un coach de sport Co me disait qu’à âge égal les adolescentes qui débutent ont une coordination et une confiance en elle moins bonnes que les garçons, parce qu’elles n’ont pas fait de sport plus jeunes. De même, leurs muscles et leurs articulations sont moins renforcés et elles se blessent plus facilement. La prétendue fragilité des filles ne viendrait-elle donc pas de ce qu’on les surprotège ?

C’est enfin la même chose pour toutes les qualités qu’on développe en pratiquant un sport: compétition, mais aussi affirmation de soi, courage, esprit d’équipe, ténacité, obstination, agressivité – à bien distinguer de la violence- , perfectionnisme, ambition, j’en passe et des meilleures. Autant de qualités qu’on préfère voir chez les hommes. Les femmes, elles, apprendront plus tard dans les magazines que le sport sert uniquement à avoir le teint frais et les fesses fermes.

Chacun fait bien sûr du sport avec des sources de motivation qui lui sont propres ; mais si on faisait en sorte que chacun puisse trouver les siennes en fonction de son caractère et de ses possibilités, et non pas en fonction de son sexe ?

Photos: Ariane Friedrich (crédits photos Michael Steele/Getty Images Europe, trouvée ici) et Blana Vlasic (photo trouvée ici), deux sacrées sportives qui en veulent.

Préjugé 3 : le niveau du sport féminin est trop faible

(suite de la rediffusion de billets initialement publiés sur l’ancien blog)

Quand le supporter lambda est à court d’arguments pour exprimer son désintérêt pour les sports féminins, l’argument « de raison » est la faiblesse du niveau et la pauvreté du spectacle. Ça va de « ya pas d’ambiance » à « c’est pathétique » en passant par « on s’ennuie ». Invoquer la faiblesse du niveau est très confortable pour les journalistes, les patrons de presse, les diffuseurs, etc… qui espèrent ainsi renvoyer les sportives dans leurs vestiaires: « Travaillez encore mes petites, et quand vous serez vraiment douées vous reviendrez nous voir. On est pas sexistes, on veut vous éviter le ridicule! »

Je ne parle pas ici de niveau en termes de performance, mais en termes de maîtrise technique. J’en ai déjà parlé dans mon article précédent : il est clair pour moi que si la puissance n’égale pas celle des hommes, rien n’empêche les femmes d’acquérir la maîtrise technique et tactique …dans des conditions d’entraînement équivalentes.

Photo: pub Puma avec la footballeuse brésilienne Marta, trouvée ici

En l’état actuel des choses, ce n’est malheureusement pas un cliché : la pratique féminine de certains sports est loin d’égaler celle des hommes. Je pense en particulier à des sports très récemment féminisés comme le rugby, le football (sauf aux USA).  Mais avant de proclamer, comme je l’ai déjà vu sur des forums de sports, que c’est génétique et basta, penchons-nous un peu sur la réalité.

Tout d’abord, le niveau général d’un sport à l’échelle d’un pays dépend étroitement du nombre de jeunes pratiquantes. Il est évident qu’un vivier réduit de pratiquantes dans les plus petites catégories d’âge ne permet pas une sélection acérée pour le haut niveau.

Les parents n’inscrivent pas volontiers leurs fillettes dans les sports dont je parle. D’une part, il faut déjà avoir entendu parler de la pratique féminine du sport concerné. Et si c’est le cas, et que par hasard l’enfant demande elle-même, ce n’est pas encore gagné : soit l’activité est trop connotée « garçon » au goût des parents qui préfèrent voir leur enfant dans des activités « de son sexe », soit la pratique est tout bonnement impossible faute de structure à proximité de leur domicile. Pour m’être changée des années dans un placard sans douches, car la municipalité refusait les travaux pour des vestiaires de filles, je sais qu’il faut parfois s’accrocher pour pratiquer son sport. Ne serait-ce que d’un point de vue strictement organisationnel et matériel.

Supposons maintenant que notre petite fille ait réussi à s’inscrire dans le club de ses rêves, que ses parents la soutiennent, que les moqueries éventuelles de ses camarades ne la rebutent pas et enfin…qu’elle soit exceptionnellement douée pour son sport. Comment le coach pourra-t-on convaincre ses parents, et elle-même, de s’engager pour le haut niveau, alors qu’il n’y aura la plupart du temps ni reconnaissance médiatique, ni sponsors à la clé en réponse aux sacrifices qu’elle devra endurer?

La passion n’est pas tout. Je comprends parfaitement la réticence des sportives à s’engager pour un sacerdoce aussi peu rémunérateur. Pour les quelques stars du tennis que l’on connaît, il y a des centaines de grandes athlètes qui sont contraintes d’exercer un métier pour subvenir à leur besoin. A mon mini-niveau et malgré tout le plaisir que j’éprouve à pratiquer mon sport, aller me coltiner ma séance un soir pluvieux de novembre après une journée de boulot, c’est galère. Imaginez alors cette situation lorsque l’entraînement, c’est tous les jours ; lorsque que tous les week-ends sont pris, que cela s’accompagne de stress vis-à-vis des résultats, de régimes alimentaires et de sacrifices personnels…

Voici pour le point de vue des sportives. Du côté des encadrants et dirigeants, ce n’est guère plus facile. Faire un tourner un club ou créer un pôle d’excellence, cela réclame une énorme motivation, du temps, et de l’argent, et quand il s’agit de sport féminin cela s’apparente bien souvent au tonneau des Danaïdes. Il y a bien sûr de belles réussites, mais aussi beaucoup qui se découragent et jettent l’éponge alors même que les filles sont présentes et motivées.

Vous m’avez donc compris, pour moi la sous-médiatisation des sports féminins et les préjugés qui l’entourent forment avec les sous-effectifs un cercle vicieux qu’il apparaît nécessaire de briser. La plupart des dirigeants sportifs ont saisi qu’il fallait attirer plus de jeunes filles vers ces sports peu féminisés*, voire susciter plus de vocations dans des sports certes féminisés en loisirs mais désertés dès qu’il s’agit de compétition, comme la course à pied par exemple.

Malheureusement –est-ce parce que les dirigeants sont majoritairement des hommes, ou est-ce le fait de la pression des annonceurs ? – la mise en équation de ce problème se résume bien souvent à « Plus de féminité ! Montrons que ce sont de vraies femmes pour rassurer le public ». C’est ainsi que de désastreuses (à mon sens) campagnes de communication ont vu le jour que ce soit pour le handball ou pour le football, pour le ski… Pour moi c’est un pansement sur une jambe de bois ; on contourne ainsi soigneusement la lutte contre les stéréotypes sexistes. On continue à insinuer que l’on se doit d’être femme avant d’être sportive, et désirable, s’il vous plaît. Mais je développerai cette histoire de féminité dans un prochain billet.

* C’est ainsi que sous l’initiative de dirigeants motivés, des plateaux d’initiation voient le jour dans divers sports. L’occasion de faire ses premières armes, de voir « en vrai » des joueuses féminines, et d’être tentée de faire pareil! Il y a aussi tous les sports UNSS (scolaires) qui sont l’occasion d’apprendre un sport pour un prix réduit dans le cadre du collège ou du lycée.