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Féminité obligatoire

Les médias se sont beaucoup occupé de la féminité des joueuses du XV de France, lors de la Coupe du Monde de rugby de l’été dernier (qui par ailleurs a été un succès médiatique). Mais, rassurons-nous: ils s’accordent tous à dire que les rugbywomen aiment le maquillage, le vernis à ongle et le rose, et qu’on peut jouer au rugby et être féminine.

On peut? Ou plutôt on DOIT « jouer au rugby et ETRE FEMININE »…

Tout d’abord je vois la louable volonté des instances du rugby de recruter des femmes, et donc de mettre à mal les clichés qui – entre autres choses – tiennent les femmes à l’écart des terrains. Effectivement, les rugbywomen n’arborent pas systématiquement coquards et oreilles en chou-fleur, et sont de gabarits très variés (voire bien plus variés que chez les garçons). Néanmoins, il suffit de suivre un des matchs du XV féminin pour constater que les joueuses sont ahtlétiques, mais pour autant ressemblent bien à des femmes. Est-il donc nécessaire de le rabâcher à longueur de reportages? D’autant que les freins réels à la pratique sportive des femmes sont bien plus profonds qu’une simple histoire de brushing.

En réalité c’est aussi et surtout la volonté – logique – des chaînes TV et des annonceurs de nous vendre le spectacle qu’ils nous proposent. Il ne s’agit donc plus seulement de faire rêver les potentielles jeunes recrues et leurs parents: il faut attirer le chaland. Certes, les Bleues sont charismatiques, attachantes et talentueuses, mais cela ne semblait pas suffire. En sport, comme dans bien d’autres domaines, on n’accorde jamais autant de reconnaissance aux femmes que lorsqu’elles sont glamour. Et surtout bien conformes aux normes: et les journalistes d’insister sur le fait que l’une des joueuses est « maman », et que Marie-Alice Yahé, l’ancienne capitaine, est mariée à un rugbyman, et j’en passe..La joueuse Koumiba Djossouvi n’hésite d’aileurs pas à affirmer, dans une interview pour Madmoizelle, qu' »il y a une pression à montrer sa féminité ».

Oui, le cliché de la « rugbywoman lesbienne camionneuse » est faux et il faut le dire. Mais la manière dont c’est dit aujourd’hui dans les médias sous-entend qu’être lesbienne, ou camionneuse, ou garçon manqué, est un problème. En gros, nous pouvons pratiquer à l’envi boxe, judo ou rugby si ça nous chante, (ça marche aussi avec travailler sur un chantier ou dans les champs), mais à condition de RESTER FEMININE (et hétéro).

Et les nanas pas féminines alors? ou bien trop grandes, ou trop costaudes, ou qui ne se maquillent pas?

Je préfère ainsi m’attarder sur ces mots d’Assa Koita (le Parisien): « si elle écarte ses adversaires par la puissance (1,82 m, 100 kg), c’est d’un sourire et d’un éclat de rire qu’elle éloigne les clichés sur le féminin. […] Une amie m’a proposé de tester le rugby en sport loisirs. J’avais peur que ce soit trop violent. J’ai pourtant essayé. A la fin de ma première séance, l’entraîneur m’a dit : Tu peux finir en . J’ai pensé qu’il se fichait de moi. Mais, au bout de quelques mois, j’ai compris que mon gabarit était utile et j’ai commencé à y croire. » »

Tout est dit: au lieu des les brider en ne leur proposant qu’un modèle unique de féminité, encourageons plutôt les jeunes filles à pratiquer une activité qu’elles aiment et qui les fait se sentir à leur place.

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Photo trouvée iciAttituderugby.com

Arrêtons de parler de sport féminin!

Ne parlons plus de sport féminin!

Non, je ne me suis pas subitement rendue compte que le sexisme dans le sport avait disparu, que les sportives avaient envahi l’espace médiatique au détriment des hommes, ou que ceux-ci fournissaient un spectacle décidément plus sympa…

On va bien continuer de parler de sport et de sportives… mais pas de sport féminin.

Tout d’abord « Le sport n’est ni masculin ni féminin »: c’est ce qu’affirme l’intervenante Dominique Crochu dans l’émission Actuelles du 25 janvier sur France 24.  C’est nous qui avons attribué les activités sportives plutôt aux hommes ou plutôt aux femmes, selon des critères qui n’ont pas grand-chose à voir avec la nature et tout à voir avec nos stéréotypes de genre. En réalité, le sport se fiche du genre! Ajouter « féminin » à « sport » induit une différence. Pourtant nous apprenons les mêmes techniques et respectons les mêmes règles! Le football joué par des femmes… reste du football-tout-court. Un autre preuve est le simple fait qu’un sport « féminin » dans un pays peut être « masculin » dans un autre, et inversement: le football est un sport de femmes aux USA, et d’hommes en Europe du Sud. De même que le yoga,  considéré comme un sport de femme en Europe, est une discipline d’hommes en Inde.

Ensuite, on a certes beaucoup parlé de « promotion du sport féminin » ces derniers temps, notamment lors des « 24h du sport féminin » dont la 2e édition s’est déroulée le 24 janvier dernier. Et si on commence à voir des matchs féminins de foot ou de rugby à la télévision, on ne prend pas vraiment le chemin de l’égalité de traitement entre sportifs et sportives. Eux sont des surhommes, des forces de la nature qui font rêver les foules tant par leurs vies de stars que par leur performances hors normes. Elles sont des héroïnes courageuses qu’on admire un peu pour les sacrifices qu’elles font, et beaucoup pour leur physique car elles savent rester féminines.

De la même manière qu’on dit « Equipe de France » pour qualifier l’équipe nationale masculine et « Equipe de France féminine » pour parler de leurs homologues femmes, les médias nous vendent à présent deux produits: « le sport » tel qu’on le connaît, et « le sport féminin ».  (C’est ce qu’explique entre autre cet article de l’excellent blog Genre & Sport). Le spectacle « sport féminin » est supposé s’ajouter au « sport », sans s’y intégrer, et surtout sans le modifier! Sans que personne ne s’interroge sur les incohérences de ce système. .. On n’a toujours pas entendu que pour qu’on voie plus de femmes dans les médias sportifs, il faudrait moins d’hommes! Que pour que plus de compétition féminines soient retransmises, il fallait diffuser moins de compétitions masculines! En bref, on veut bien que les femmes prennent plus de place mais sans empiéter sur celle des hommes. Ce discours lénifiant, censé briser le cliché des féministes anti-hommes, a vécu. Il va falloir admettre et faire admettre que les hommes ont trop, et qu’ils vont devoir avoir moins pour que les femmes aient plus. Ce n’est pas de la misandrie, ce n’est pas de l’hystérie, et on ne veut pas supprimer les hommes du paysage médiatique; il s’agit simplement de donner aux sportives la place qu’elles méritent: la moitié! Cela ne peut pas se faire en une seule fois, et n’impliquer que le haut niveau. Le sport amateur et le sport scolaire sont également concernés. Et nous tous, garçons et filles (car les garçons aussi ont tout intérêt à l’égalité).

Non, on ne doit plus parler de sport féminin! Nous devons repenser notre rapport aux sportives, mais cette réflexion implique de remettre en cause le sport dans son ensemble. Chiche?

Préjugé 2: le sport féminin c’est moche et c’est nul

(rediffusion de quelques articles publiés à l’origine sur l’ancien blog)

N’en jetez plus…

La nuance est subtile: ce n’est pas là le physique des sportives qu’on brocarde mais bel et bien le mouvement, le jeu, les postures et les attitudes. Ils sont qualifiés de laids parce qu’ils sont peu habituels, et on estime tout simplement qu’ils sont contre-nature. J’ai souvent entendu ça à propos de sports peu féminisés, des sports de combat en particulier (ben oui, les filles c’est gentil et mignon), mais aussi à propos de sportives de haut niveau jugées trop hargneuses, trop compétitives et trop grimaçantes.

Crédits photos: Serena Williams – AFP. Photo trouvée ici / Gwladys Epangue – Imago – Photo trouvée ici

Inutile de chercher bien loin ; ceux qui grommellent que « deux filles qui se battent, c’est quand même pas joli » sont aussi ceux qui estiment qu’une femme est plus belle dans une cuisine qu’au volant d’une pelleteuse, plus à sa place à changer des couches qu’à la tête d’une entreprise. Ce sont ceux qui ont une image de la femme bien ancrée et bien figée dans leur tête et qui ne veulent pas en démordre.

Alors bien sûr, on n’a pas l’habitude de voir des femmes tous muscles tendus, le regard noir, avec la souffrance qui se lit sur le visage, mais à quoi s’attend-on ? A des nymphes au teint frais, qui gambadent la bouche entrouverte, le cheveu brillant et le front mat ? Que ceux ou celles qui veulent voir ce genre de choses aillent se gaver de pubs et d’articles de magazines féminins.

La suite logique de ce genre de discours est qu’il y a des sports créés pour les hommes, dans lesquels les femmes ne les dépasseront jamais. Par conséquent, il n’y aurait pas lieu de s’intéresser aux sportives. A moins qu’elles aient des mini brassières et se roulent dans le sable d’un terrain de beach-volley. On à moins qu’elles posent pour des photos dénudées. Mais ce n’est pas du sport.

Oui, c’est un fait : pour de longues décennies encore, l’être humain le plus rapide du monde sera un homme. A haut niveau, dans les sports où l’on se mesure au chrono ou à la toise, il n’y a pas photo, et musculairement non plus : les femmes n’ont ni l’explosivité ni la force des hommes. Ceci étant, devons-nous toutes alors raccrocher nos pointes*, nos crampons, nos kimonos et nos raquettes ? Devons-nous nous contenter de la danse et de la gymnastique pour lesquelles nous serions naturellement douées ?

N’en déplaise à ceux qui voudraient voir les femmes rester dans l’ombre des salles de danse, peut-être y a-t-il un problème de conception du sport. Il y a le spectacle, avec du sensationnel, des records à tout prix,  de l’élévation des sportifs au rang de stars, des sponsors. Là les femmes ont du mal à se faire une place, à moins qu’elles apportent du scandale et du glamour. Et il y a le spectacle aussi, mais avec du travail acharné, de la progression et des échecs, du dépassement de soi et surtout, du plaisir sans mesure qu’on éprouve à pratiquer sa passion. Un record battu, c’est avant tout un homme ou une femme qui s’est surpassé-e. Dans celui-ci, et à tous les niveaux, les femmes ont toute leur place, la même que les hommes.

Morgane Ribout après sa victoire au championnats du Monde de judo de Rotterdam en août 2009

Crédits photos AFP

Mais le faible niveau de certains sports féminins reste une réalité et j’y reviendrai, ce sera la suite…

* d’athlétisme, d’athlétisme, bien sûr, la danse on a le droit.

Préjugé 1: les sportives sont moches

(j’entame la rediffusion de quelques articles publiés à l’origine sur l’ancien blog)

C’est l’insulte la plus souvent balancée. Je pense sincèrement qu’elle est peu à même de toucher celles qui s’épanouissent dans leur sport et qui sont fières de leur corps ; mais quels dégâts cela peut faire sur des femmes qui n’ont pas confiance en elles !

J’avais déjà eu l’occasion de m’énerver sur ce sujet dans ce billet, c’est d’ailleurs ce qui est à l’origine de cette petite série.

On ne sait plus quoi faire des injonctions dont on nous bombarde : « Aie des seins et des fesses mais reste mince, mets-toi au régime mais ne soit pas maigre… » et à présente « Fais du sport mais ne sois pas trop musclée… ». Tout comme les femmes font régimes sur régime pour coller au modèle de minceur, elles se tiennent consciencieusement à l’écart d’une pratique sportive régulière, ou «pire », en compétition, pour rester « féminines ». (je reviendrai d’ailleurs aussi sur cette notion de féminité).

Je préviens, je ne vais pas balancer des photos d’athlètes en petite tenue pour faire mentir ce poncif. (Désolée pour les quelques visiteurs que Google m’amène régulièrement sur une requête « photos de sportives nues »). Entre autres parce que les quelques sportives qui trouvent grâce aux yeux des médias ne doivent rien à leur pratique mais tout à la génétique.

Appuyons plutôt là où ça fait mal : la pratique intensive du sport modifie le corps d’une manière assez peu conforme aux canons de beauté actuels et à la vision qu’on se fait de la féminité*. Et tant que nos représentations de la femme resteront figées, on continuera de trouver les sportives moches en général.

Je concède que c’est bien peu vendeur pour inciter des adolescentes à pratiquer un sport. Mais mettre en avant les seules sportives de haut niveau labellisées « féminines », comme on le fait souvent, n’est une bonne méthode qu’à court terme. D’une part, c’est finalement admettre qu’une femme n’est digne d’intérêt que si elle est belle à regarder et désirable, quoi qu’elle fasse. D’autre part, c’est peut-être jouer sur le mauvais terrain, car plus que les sportives, c’est leur activité en elle-même qui dérange…

…C’est d’ailleurs le sujet du prochain billet : « Le sport féminin, c’est moche. »

* fragilité, délicatesse, grâce…c’est bien joli, mais ça n’aide pas à porter ses valises toute seule.

(Forcément) faible femme

Ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à des remarques de collègues sur la faiblesse féminine. Ou plutôt, sur la force masculine. Mon travail nécessite assez souvent de porter des charges, et bien qu’encadrée par des règles strictes (limite de poids à porter seul, etc…), cette tâche donne le plus souvent lieu à ce qu’on peut bien appeler un concours de bites. « Ah, ben vous avez voulu l’égalité des sexes, ben porte-la ta caisse! »

Evidemment, il est plus facile pour un homme d’1m80 de porter une lourde charge qu’une femme de 1m60, on ne peut le nier. Mais je ne digère pas que certains s’en rengorgent comme la justification de la domination masculine. Ne serait-ce que parce que tous les hommes ne font pas 1m80 ni ne sont capables de porter 35 kg sans se blesser. Et que toutes les femmes n’ont pas besoin qu’on les aide pour porter ces 35 kg.

Pourtant, les hommes qui m’ont pris à partie sur ce sujet – sujet sensible apparemment – ont toujours écarté violemment cette vérité. D’autant plus étonnant que ces hommes étaient presque toujours plus petits que moi… et pas forcément plus costauds. J’ai d’abord voulu rire de ce paradoxe, de ces petits bonshommes trépignants qui me soutenaient qu’une femme n’était pas destinée à porter de lourds équipements, que c’était bien normal à ce titre que certains métiers soient réservés aux hommes, et que le féminisme est vraiment une connerie.

Puis j’ai vu tout ce qui se cachaient derrière ces diatribes. Dans notre société partriarcale, même lorsqu’à priori il ne satisfait pas à tous les stéréotypes de virilité (force, mécanique, football, bière, etc…), un homme appartient au groupe dominant, par défaut en quelque sorte. Et il semblerait que toutes les qualités que la société attribue au groupe dominant lui échoient aussi comme par procuration. (C’est un peu le fameux « On a gagné!, bien connu des supporters chauvins). Mais si ces qualités s’avèrent détenues par des membres des groupes dominés? Voilà qui retirerait un certain nombre de prérogatives au dominants, surtout à ceux qui ne s’attribuent ces qualités que par procuration.

Je comprends ainsi la colère de mes collègues qui voulaient m’empêcher de porter une caisse, constater que je la portais avec le sourire après avoir passé outre leur interdiction. Si on permet aux femmes de montrer qu’elles ont les mêmes capacités que les hommes, comment justifier encore la supériorité masculine?

C’est ainsi que j’arrive à la suite de mon histoire. Chacun sait que la fonction crée l’organe: avec un peu de pratique (et la bonne technique) on arrive à s’entraîner à porter des pièces plus lourdes. Or, dès l’enfance on décourage l’effort physique chez les filles, en les convaincant qu’elles sont faibles et que les garçons sont plus forts. Déjà que les femmes sont plus petites en moyenne à l’âge adulte, pas de risques qu’elles développent leur force dans leur jeunesse… Et pour celles qui persisteraient? Une de mes collègues aime pousser de la fonte et a atteint un certain niveau. Pensez-vous que les hommes de son équipe, si prompts à grogner contre les « petites nanas qu’on doit aider en permanence », soient heureux qu’elle soit aussi forte qu’eux? Oh que non: « Oh, celle-là… c’est pas une vraie femme! » grommellent-ils.

Exclure a priori les femmes car elles manquent d’une compétence (force physique, orientation, mathématiques, ambition, résistance au stress…) supposément masculine.

Les empêcher par tous les moyens d’acquérir cette compétence ou d’en faire preuve.

Si elles réussissent malgré tout à démontrer leur compétence, réagir par l’ostracisme; arguer que ce n’est pas féminin.

Attendre que les femmes s’excluent elles-mêmes.

La boucle est bouclée.

https://i0.wp.com/www2.pictures.gi.zimbio.com/Olympics+Day+1+Weightlifting+BxTg1OQO9cEl.jpgMélanie Noël détient le record de France d’haltérophilie dans la catégorie -48 kg: 100 kg en épaulé jeté et 78 kg à l’arraché. Voilà voilà. (Photo trouvée ici)